‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 176 sur 277 · ÉLOGE DU DUC DE BROGLIE · texte numérisé non relu

ÉLOGE DU DUC DE BROGLIE

fait, pour déboucher sur la rive droite de l'Aller, un projet dont la théorie, suivant l'expression du comte de Gisors, était admirable, mais dont l'exécution n'exigeait pas moins de huit colonnes distinctes, par conséquent de huit lieutenants généraux capables cà la fois d'agir seuls et de s'assister au besoin. Où les prendre ? Il y en avait certainement un, le duc de Broglie, le fils d'un ancien ennemi du maréchal de Belle-lsle; c'est pourquoi le comte de Gisors en faisait tout particulièrement l'éloge h son père. « Je dois vous dire, d'après tout ce que j'ai vu de lui cette campagne, que le duc de Broglie est un de nos meilleurs, qu'ainsi il manœuvrera aussi bien qu'il pourra le faire avec la brigade palatine et les petits régiments allemands ([u'on lui a donnés. Vous aurez su sans doute qu'il s'est opposé autant qu'il a pu à la bataille de Bosbach, qu'il s'y est très bien conduit, et tous les avis que je sais qu'il a donnés ici depuis son retour ont tous été bien sages. Les réserves qu'il a commandées sont les seules qui aient observé quelque discipline, et à l'enthousiasme prussien près, auquel il se livre un peu trop, il tient de fort bons propos. Je vous dis toutes ces choses pour que, avec la générosité que je vous connois, vous le fassiez employer en temps et lieu à ce à quoi il est propre (1). »

Le duc de Broglie était parti le 21 décembre, dans la matinée, pour aller, avec douze bataillons et huit escadrons, passer le bas Aller à Bethem et manœuvrer sur la droite des Hanovriens. Une autre division, sous les ordres de M. de Villemeur, devait passer en amont

i) -21 décembre [3446].

PROJET ET MECOMPTE

à Miïden et manœuvrer de même sur l'aulre flanc de l'ennemi. Les six colonnes intermédiaires devaient jeter des ponts immédiatement au-dessus et au-dessous de Zell et porter leur principal effort contre la gauche du prince Ferdinand. « Voilà en gros, mandait M. de Gisors, quel est le projet qui, comme vous voyez, demande bien de la précision, de la sagesse et de la justesse dans le coup d'œil des chefs des différentes attaques (1). » La machine, en effet, était trop délicate ; dès qu'elle fut mise en branle, elle se dérangea.

Le duc de Broglie, en arrivant à Rethem, devait recevoir de M. de Bauffremont, qui commandait à Verden, des troupes, de l'artillerie, des cartouches; il ne trouva rien de prêt (2). « Vous pouvez juger de ma colère ou, pour mieux dire, de mon accablement, écrivait le maréchal de Richelieu au ministre de la guerre ; car je croyois avoir pris toutes les précautions imaginables, que j'avois d'autant plus multipliées de ce côté-là que je m'en défiois davantage. J'avois écrit à M. de Bauffremont que je prenois sur moi tous les inconvénients que sa tête féconde en embarras lui présente à tout propos, et que je lui défendois, sous quelque prétexte que ce pût être, de disposer d'un seul homme sans mon ordre. Vous voyez cependant l'éparpillement qu'il en a fait, sans savoir même où il les a envoyés... Il a pris sur lui de faire venir avec lui les caisses de cartouches que j'avois ordonné qui restassent à Rethem, et ne veut plus prendre sur lui, dit-il, de les envoyer avec M. de Broglie, à qui j'ai ordonné de les prendre... Il m'est im-

(1) Gisors à Belle-Isie, 23:dccembre [^416].

(2) Le duc de Broglie à Richelieu, 2-2 décembre [3446, u" 20] .

nu MARÉCnAL DE RICHELIEU 339

possible de coinmotlre M. de Broglie, ce qui me force à bouleverser toute mon opération et à la retarder d'un jour ; mais ce jour est bien précieux et peut être décisif... Je vous assure que je suis au dernier période de l'affliction et de raccablement, et qu'il faut renoncer à faire la guerre de la manière dont elle est laite ici dans toutes les parties et avec les gens dont on est obligé de se servir, ([ui n'ont ni goût ni aucun talent, et qui la font pour faire quelque chose. Vous m'avez laissé encore sur les bras, quelque chose que j'aie pu vous dire, le doc de Randan, le plus honnête homme, le meilleur homme qu'il y ait au monde, mais le plus imbécile,... de façon ([ue ces deux hommes-là, qui méritent d'ailleurs toute sorte d'égards, me feroient seuls quitter le métier qui est insoutenable à faire de cette façon ; car plus d'aussi grands seigneurs méritent de considération, et plus on est embarrassé, et l'on se fait des querelles nuisibles et dont personne d'ailleurs ne vous sait de gré (1)... »

Le mouvement général indiqué d'abord pour le 24 décembre, avait dû, par la faute de M. de Bauffremont, être remis au 2o. Aux dernières heures de la nuit, les colonnes s'ébranlent, les ponts sont jetés, l'Aller est franchi : pas un coup de fusil, pas môme un qui vive ? On gravit les pentes de la rive droite : pas un avant-poste ; on débouche sur le plateau : pas une tente. Pendant cette nuit même les Hanovriens avaient décampé. Comment expliquer ce brusque départ d'un ennemi qui avait paru chercher une affaire ? Par les mêmes raisons qu'alléguaient contre l'offensive les

(1) Richelieu à Paulmy, 23 décembre L34iG, n^^ 29 et 30].

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