ACCUSATIONS CONTRE LE DUC DE RICHELIEU
La partialité du maréchal de Richelieu dans cette mince question était bien singulière et suspecte. Il semblait qu'il voulût faire du régiment de Champagne une sorte de bouc émissaire sur lequel il se serait volontiers déchargé de toutes les imprécations et de toutes les accusations dont il était personnellement et publiquement accablé. Deux faits venaient de porter au comble l'exaspération des Allemands contre lui. Un article de la convention de Closter-Zeven avait stipulé en faveur de Brème l'exemption de toute garnison étrangère. Quoique la convention fut par le fait annulée, les Brémois se tenaient en sécurité sur cet article. Cependant, sous le prétexte plus ou moins spécieux d'un mouvement des Hanovriens du côté de Brème, le maréchal donna au duc de Broglie l'ordre d'y entrer de gré ou de force. Les magistrats se soumirent, mais le peuple fut moins docile; il y eut, le 16 janvier, une émeute qui fit quelques victimes, et qui coûta à la bourgeoisie, outre les charges d'une garnison définitive, une forte contribution de guerre.
L'autre fait regardait la principauté de Halberstadt. Lorsque la marche du prince Ferdinand sur Zell avait contraint le maréchal d'appeler à lui la plus grande partie de ses troupes, un corps prussien de huit ou dix mille hommes avait profité de l'affaiblissement des garnisons de Brunswick et de Wolfenbiittel pour sortir de Magdebourg, occuper Halberstadt et courir tout le pays