OBSERVATIONS DE DUVERNEY
novre, M. de Cornillon, effrayé de l'indifférence où étaient tombés, quant à la discipline, un trop grand nombre d'officiers subalternes, avait envoyé au ministre de la guerre un mémoire dans lequel il proposait, assez vaguement d'ailleurs, de changer « la constitution militaire » en attachant l'officier à son état « par l'intérêt », le seul principe, disait-il, qui fût désormais capable de le fiiire agir. « Est-ce à dire, s'écriait Duverney indigné, que l'honneur, ce sentiment qui a jusqu'à présent distingué la nation françoise, est absolument éteint dans le cœur de l'officier ? Si cela est, il faut effectivement changer notre constitution militaire et substituer la crainte à l'honneur. Ce dernier sentiment est l'àme de toutes les monarchies modérées, et le premier l'est de de toutes les monarchies despotiques ; c'est d'après ce principe que le roi de Prusse tire un parti utile et si brillant des troupes qu'il tient dans l'esclavage le plus dur ; ce n'est pas par honneur qu'elles combattent, c'est par une crainte servile, et il seroit peut-être plus aisé d'introduire cette crainte dans notre militaire que d'en changer la constitution. Mais est-il possible de penser que l'honneur n'anime plus l'officier françois ? Le défaut de subordination et de discipline ne provient-il pas plutôt de la foiblesse du commandement, de la négligence ou de l'ignorance des règles, de l'exemple des uns et de la complaisance des autres, que de l'anéantissement du sentiment d'honneur?.,. Pourquoi donc rejeter sur la nation ce qui n'est f|»ue la f;iufe de quelques particuliers ? Est-ce pour la première fois qu'en lui rendant justice sur tout ce qu'elle vaut, on a dit qu'elle avoit plus de besoin qu'un autre d'être bien conduite ? Ce seroit donc h la bien conduire qu'il fau-
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droit s'attacher, et alors on la trouveroit telle qu'elle est et qu'elle a toujours été... M. de Cornillon veut qu'on attache l'officier à son état par V'mtcrèt : il faudroit qu'il s'expliquât sur le taux de cet intérêt, car l'intérêt sans honneur est un sentiment insatiable qui s'accroît à mesure qu'on veut le satisfaire... 11 faut donc un autre remède et il est bien simple : c'est l'honneur dans les officiers généraux et une détermination ferme de leur part de bannir des troupes tout ce qui seroit capable de manquer à ce sentiment (1). »
« La discipline, avait-il déjà dit ailleurs, consiste peut-être beaucoup plus dans l'exemple que dans la rigueur des préceptes. Nos officiers généraux ont plus de train et consomment par conséquent davantage que les officiers généraux des autres nations. Non seulement ils veulent avoir le nécessaire, mais encore tout le superflu du luxe. Il n'est pas possible que ce goût n'influe sur toute l'armée. Réformez la manière de penser et de vivre dans les chefs, et vous verrez le subalterne changer lui-même. La plupart des officiers aujourd'hui ne sont occupés que de leur équipage et du traitement qu'on leur fera ; ceux qui dispensent les grâces sont occupés, de leur côté, de ce qu'on appelle plaire aux troupes, de sorte que du besoin des uns et de la complaisance des autres naissent presque tous les abus que nous voyons... On nous cite M. de Louvois sur bien des choses et effectivement c'éloit un grand ministre ; mais il faut convenir aussi qu'il est arrivé dans des circonstances qui étoientbien propres au déve-
(1) Observations de M. Pàris-Duvcrney, 29 décembre 1657 [3116, n» 108].