ANXIÉTÉ DES CITOYENS
bien prudent de compromettre encore son honneur pour tâcher de le réhabiliter. J'ai mauvaise opinion des guerres qui se font loin de chez soi et qui doivent durer longtemps ; elles changent presque toujours de nature et finissent contre la plus grande puissance, surtout si elle s'est épuisée h un certain point. La France ne devroit pas ignorer qu'elle a toutes les puissances pour ennemies, et que par conséquent elle doit toujours se ménager de façon qu'elle soit toujours en état de pouvoir leur résister. Quand on veut porter la guerre au loin, il faut la préparer et la faire de façon qu'elle finisse promptement (1). »
Il ne manquait pas, autour du gouvernement de Louis XV, de ces hommes intelligents, de ces citoyens, comme ils aimaient à se nommer, attentifs aux affaires publiques, émus des dangers que le gouvernement faisait courir à la société française et de ceux qu'elle provoquait par sa propre faute, toujours prêts à payer de leurs personnes ou de leurs conseils, mais toujours rebutés et tenus à l'écart. N'ayant ni le droit ni les moyens d'associer utilement leurs communs efforts, ils épanchaient dans des confidences attristées le trop-plein de leur âme, ou bien ils s'enfonçaient, solitaires, dans l'amertume de leur découragement. Le maréchal de Belle- Isle lui-même, au Conseil, désespérait d'y nouer un faisceau d'opinions. Tout le gouvernement était renfermé dans la chambre de madame de Pompadour.
(1) 20 janvier 1738. Correspondance du comte de Sauit-Germain avec Pâris-Duvcrncy. Londres, 1789, 1. 1, p. 19i.