DISPERSION DES CANTO.MN'EMENTS
pour le moins 50,000 hommes, le comte de Clemiont et Crémille disaient 60,000. L'armée française rassemblée eût été facilement deux fois plus nombreuse ; mais telle était sa dispersion dans des cantonnements dont le front, depuis la mer du Nord jusqu'en Hesse, n'avait pas moins de (jiiatre-vingts lieues d'étendue, et dont la profondeur, de l'Aller au Rhin, était de cinquante lieues en moyenne, qu'en évacuant, sauf Brème, tous les postes de la première et de la seconde ligne, c'était tout au plus si le comte de Clermont pouvait réunir 40,000 hommes, 30,000 même, selon ses calculs (1). Aussi, dans le premier moment, et sans attendre les ordres du roi, avait-il cru devoir prendre le parti de replier sur la rive gauche du Weser tous les cantonnements de sa première ligne, en ne conservant que la Hesse sur la rive droite du fleuve, et il avait annoncé par une dépèche du 18 février cette grave résolution au marquis de Paulmy. Cependant, deux jours après, il en expédiait une autre pour amender la première.
La retraite n'était point commencée, grâce au ciel, ou plutôt grâce à la température qui n'était point assez
{i) Le comte de Clermont au maréchal de Belle-Isle, de Hanovre, :23 février 1758 : « L'on ne voit pas à la cour cette année-ci telle qu'elle est... Quant à la force des troupes, on a la mauvaise habitufle de compter par bataillons et par escadrons au lieu de compter par honniies; l'un est une force imai,nnaire, l'autre est une réalité, et ([uoique l'on dise qu'en calculant de même les ennemis l'on rencontre la proportion éçjale, l'on se trompe, surtout dans le moment présent; car les ])alaiIlons des ennemis sont complets ainsi (jue leurs escadrons, et bien é(itiipés, au lieu (|ue c'est faire ççràce à nos bataillons que de les comi)tcr l'un dans l'autre sur le pied de trois cents hommes, et un escadron sur le pied de cent; encore sont-ils tous nus et mal équipés, fatii^ués, dégoûtés, mal disciplinés, et le plus mauvais ton parmi les officiers, à commencer par les principaux. » Pap. Clermont, 1758, t. I, n° 9'J.