‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 20 sur 277 · MORT DU CHEVALIER DE BELLE-ISLE · texte numérisé non relu

MORT DU CHEVALIER DE BELLE-ISLE

Nice, le 2-2 juillet 1747, le maréchal à son frère ;... il ne convient pas de vous compromettre à une pareille entreprise sans être assuré de recevoir les secours nécessaires... Je vais attendre sur tout cela de vos nouvelles avec bien de l'impatience, car je suis fort en peine de votre santé ; je meurs de peur que l'excès de fatigue et de corps et d'esprit ne vous fasse tomber malade. Je ne puis trop vous recommander de vous ménager en tout genre, car vous voyez bien, à la manière dont les choses vont, qu'il ne faut pas se tuer (1). » Le chevalier de Belle-Isle s'était fait tuer trois jours auparavant. Désespéré du mauvais vouloir de M. de La Mina, persuadé que chaque jour de retard enlevait une chance favorable à son entreprise, il s'était, avec ses seules troupes, lancé, le 19 juillet, à l'assaut des retranchements piémontais au col de l'Assiette, près d'Exilés. Le succès n'avait pas couronné cet héroïque effort ; quinze cents hommes, tués ou blessés, étaient tombés au pied des redoutes ; le chevalier lui-même était mort son épée dans une main, l'autre cramponnée à la palissade qu'il aurait voulu détruire.

Le comte de Gisors ne savait pas encore ce qu'est une grande douleur ; il vit et il partagea l'une des plus profondes qu'il pût lui être donné de connaître. La mort du chevalier atterra le maréchal de Belle-Isle. « Ressouvenez-vous, lui écrivait le cardinal de Tencin, que vous êtes un héros et que vous devez l'être en tout (2). » Si le jeune comte avait pu revenir subitement à Paris, il n'eût pas changé de spectacle. « Je n'ai

(1) [3240, no 70.]

(2) 23 juillet [3240, n" 90].

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