PRISE DE HOYA
et par l'exemple de leurs chefs, les volontaires royaux, les grenadiers de Bretagne, les gardes-lorraines se battirent avec la plus brillante valeur. Un flux et un reflux de combattants allait et venait par les rues, à travers les maisons renversées par les boulets. Enfin le moment vint oii les débris de la garnison s'enfermèrent dans le réduit, une masure ouverte à tous les coups. Exposés à bout portant, pour ainsi dire, au feu de huit pièces de canon, ils capitulèrent, et ils sortirent gardant leurs armes et libres de les tourner, dès le lendemain, contre leurs vainqueurs.
La prise de Hoya donnait aux Hanovriens le passage du Weser. Les deux parties de l'armée française entre lesquelles il leur était dès lors facile de manœuvrer, l'extrême gauche à Brème, le centre à Hanovre, ne pouvoient plus garder leurs positions, sous peine d'être séparément tournées et peut-être détruites. Le 24, le comte de Saint-Germain rassembla tous ses quartiers, sortit de Brème et se replia sur Osnabriick, où il arriva le 1" mars. De douze courriers qu'il avait envoyés au comte de Glerraont, un seul put échapper à l'ennemi. De tous les courriers que lui avait dépêchés le prince, aucun n'arriva jusqu'à lui pendant sa retraite (1). Le 2o février, le comte de Clermont instruit de la chute de Hoya et vaguement informé de l'évacuation probable de Brème, avait envoyé à la Cour l'avis formel de sa prochaine retraite sur la rive gauche du Weser, à Hamelen, où il avait résolu d'établir son quartier général ; c'était le cinquième courrier qu'il dépêchait depuis
1. Saint-Germain à Duvcrncy, lettre et relation, o mars 1758. — Correspondance imprimée, t. I,p. 4 et suivantes.
neuf jours, à Versailles, tous avec des nouvelles contradictoires (1). Jamais la Cour n'avait été soumise à de pareilles agitations.
Le prince avait quitté décidément Hanovre le 28 février ; le lendemain, du campement de Holtensen, il écrivait au maréchal de Biron, un de ses vieux amis : « Que vous dirai-je ? Rien de bon, rien qui ne doive faire saigner le cœur d'un citoyen. Cette pauvre armée, si tant est qu'on doive la plaindre, est dans un état misérable, toute nue, sans tentes, des compagnies oii il n'y a pas douze hommes, les hôpitaux d'une saleté et d'une puanteur affreuses, point d'infirmiers, peu de linge, peu de bouillon ; enfin nous sommes dans un délabrement inconcevable ; point de discipline ni dans l'officier ni dans le soldat ; presque point d'officiers au corps. Voilà notre situation ; nous la savions, vous et moi, avant mon départ. Je me suis déploré bien souvent avec vous sur ce que l'on avoit jeté les yeux sur moi pour me mettre à la tête de cette armée ; mais il faut voir ce que je vois pour juger du point où tout est en tout genre et dans toutes les parties. Cela est inconcevable, et si on ne fait pas diamétralement et absolument le contraire de ce que l'on a fait jusqu'à présent, il est impossible que je remédie à tout ceci, je ne dis pas moi seul, mais qui que ce soit, quand les plus grands généraux reviendroient au monde. J'ai été obligé d'abandonner la position où j'étois et de repasser le Weser, En voici les raisons : pas une des places
(1) On lui avait recommandé do ne pas épargner les courriers. « Quand les choses exigeront que j'en envoie, avait-il écrit, le 16 février, au ministre de la guerre, vous les verrez arriver comme des compagnies de perdreaux. »