DU COMTE IJE MORTAIGNE
fusion du sang ne sont pas si utiles pour mener aux distinctions que la tranquillité et le séjour de Paris. 11 est bien nouveau que M. le maréchal d'Estrées, de son chef, sans la permission du roi, ait pu prendre sur lui un pareil envoi. Quoique je sois accoutumé, depuis votre entrée en Provence, à voir toutes les faveurs pour ceux qui ont le moins servi, il n'est cependant pas possible de n'être pas un moment sensible à tout ce qui se passe chaque jour. J'ai vu le temps qu'on me croyoit bon à bien des choses; ce temps est passé, et aujourd'hui on pense que mon sort est encore trop heureux. Il faut louer la Providence de tout. Je vais donc m'occuper à labourer ma terre, et attendre tranquillement les événements, comme vous me faites l'honneur, monseigneur, de me conseiller (1). »
Non seulement le maréchal laissa passer doucement cette impertinente humeur, mais encore ce fut à M, de Mortaigne qu'il songea, dès qu'il fut ministre de la guerre et lorsqu'il fallut remplacer près du comte de ClerraontM. de Crémille. « M. le comte de Clermont, lui écrivit-il le 3 mars 1758, a certainement besoin de quelque officier général de premier ordre qui puisse lui donner des conseils tels que vous êtes en état de les donner par votre expérience et l'élévation de vos sentiments. Nos troupes ont besoin d'être ranimées par de bons propos et de bons exemples ; elles vous connoissent, elles vous estiment, et elles marcheront sous vos ordres avec confiance ; vous y établirez l'émulation et la discipline, en faisant bien exécuter les ordres de
(i) Du 21 juin 1757, en réponse h une lettre du maréchal, du 20. Ibid., nos 19 et 20.
M. le comte deClermont qui est parti d'ici avec les intentions les plus respectables. Je dois vous dire que ce prince, que vous ne connoissez peut-être que peu ou point, est un parfaitement honnête homme, ennemi du brigandage et du désordre si malheureusement introduit dans notre état militaire. Il est brave de sa personne et connu pour tel des troupes qui ont servi sous ses ordres ou avec lui en Flandre; il ne lui manque que l'expérience, et c'est précisément à quoi vous lui serez de la plus grande utilité. Je viens de lui écrire fort en détail à votre sujet, et je lui mande en propres termes qu'en proposant au roi de vous envoyer à son armée, j'ai fait pour lui dans cette occasion ce que je ferois pour moi-même. Je lui marque qu'il peut avoir en vous toute la confiance possible; je lui réponds de votre droiture et de votre franchise. J'ai dit les mêmes choses au roi et bien d'autres que je ne vous répète pas à vous-même. S. M. y a applaudi et m'a autorisé à vous mander que son intention est que sans délai vous partiez de Metz pour vous rendre en droiture à l'armée... Je vous confie que, par des arrangements que je ne puis détailler dans cette lettre, je compte que vous serez à l'armée le second lieutenant général. Je crois par ce moyen vous mettre à portée, en rendant de grands services au roi et à M. le comte de Clermont qui est capable de reconnoissance, de regagner, dans le cours de cette guerre qui ne peut être de longue durée, ce qu'on vous a fait perdre dans l'inaction depuis la dernière paix... Pour votre équipage, je vous exhorte à le f:\ire très léger et à vous borner au simple nécessaire. La situation où se trouve notre armée et personnellement M. le comte de Clermont exige même que