‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 214 sur 277 · IMPORTANCE DE MINDEN · texte numérisé non relu

IMPORTANCE DE MINDEN

je puis dire qu'il ne s'en trouvera pas mal. Vous savez que je suis ami sincère et chaud (1). »

C'était à Lippstadt qu'avait eu lieu, le 23 mars, la première entrevue du comte de Clermont et de M. de Mortaigne. Pressée, harcelée par un ennemi actif et vigilant, l'armée française avait en vain cherché de l'Aller au Weser ce lieu d'asile oii il lui serait enfin permis de réparer ses forces. Elle avait espéré le trouver au moins derrière la Lippe. Deux ou trois mois de repos physique et moral, la Westphalie protégée, la Hesse gardée, tels étaient les moindres avantages que s'imaginaient avoir acquis, par le sacrifice du Hanovre, le comte de Clermont et le gouvernement de Louis XV. Une ligne de quartiers appuyée à Wesel d'une part, à Lippstadt de l'autre, et, par Paderborn, se reliant aux cantonnements de la Hesse, devait leur assurer ces avantages ; mais le gage essentiel, capital, de leur sécurité, c'était la possession de Minden. Sans Minden le Weser perdait pour l'ennemi les trois quarts de son importance, puisqu'il ne pouvait plus lui servir de ligne de défense, les Français restant toujours maîtres de rentrer par Minden au cœur du Hanovre.

La place, régulièrement fortifiée, passait pour meilleure qu'elle n'était ; la garnison, accrue des troupes qui venaient d'évacuer Nicnburg, passait pour suffi-

(1) Clermont à Belle-Islo, 24 mars ; à Crémille, 31 mars. Pap. Clermont, 1758, l. II, n°s 113-118,

CAPITULATION DE MINDEN 40o

santé. On y comptait sept bataillons d'infanterie, un détachement des volontaires de Hainaut, un autre des gardes-lorraines, quatre escadrons de cavalerie, treize compagnies de dragons et quelques hussards ; on estimait le tout à oOOO hommes qui se réduisaient en fait à 3o60. Le gouverneur, M. de Morangiès, était un lieutenant général estimé, mais surtout comme officier de cavalerie. Le o mars, le prince Ferdinand investit Minden ; la tranchée fut ouverte dans la nuit du 6 au 7 ; le 12, cin{{ batteries de canon et une batterie de mortiers ouvrirent le feu contre la place ; le 43 au soir, les principaux, officiers s'assemblèrent chez le gouverneur et déclarèrent, moins deux ou trois, la défense impossible. Le gouverneur était un brave homme, mais tout à fait ignorant dans l'art de soutenir un siège ; l'opinion des officiers d'infanterie lui en imposa. Le cœur navré, il céda malheureusement à leurs obsessions; le lendemain Minden était rendu, la garnison prisonnière de guerre ; mais les bagages étaient saufs, et les officiers, sur leur parole, pouvaient retourner en France. Ainsi abandonnés et sacrifiés par la mollesse de leurs chefs, les soldats s'indignèrent ; un grand nombre, quinze cents hommes, presque la moitié de la garnison, se promirent de n'être ni les complices ni les victimes d'une lâcheté. Un caporal des grenadiers de Lyonnais, qui s'appelait Lajeunesse de son nom de guerre, se fit leur général. Tandis que s'achevaient, chez le prince Ferdinand, les dernières formalités de la capitulation, Lajeunesse et ses quinze cents hommes sortirent tout d'un coup de la place, rencontrèrent deux postes ennemis, les détruisirent, et gagnèrent la campagne. Mais réunis pour le combat seulement, sans

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