M. DE BELLE-ISLE ET M. DE RICHELIEU
lieues de Liiiien. Le comte de Gisors venait de recevoir une lettre intéressante de son père. Si grande que fût l'insolence du maréchal de Richelieu, l'opinion publique s'était tellement prononcée contre lui ([ue son orgueil avait fini par fléchir. Après avoir affiché cuntre le maréchal de Belle-Isle l'hostilité la plus ouverte, il était venu, accompagné du duc d'Aiguillon, lui faire une première visite qu'il avait renouvelée seul, quelques jours après. La conduite du maréchal de Belle-Isle était tracée d'avance ; quatre mois auparavant, alors que le comte de Gisors, dans un intérêt patriotique, le pressait de se réconcilier avec M. de Richelieu qui était encore général en chef, il avait écrit à son fils : « Je suis intimement convaincu du mal qui résulte de cette division, et je veux tellement le bien que, malgré tous mes griefs, je suis encore tout prêt à oublier de très bonne foi le passé et à agir de tout mon cœur de concert avec lui, si de son côté l'on peut se flatter qu'il veuille penser et en user de même et qu'il fasse à cet effet ce -qu'il jdoit. L'on ne sait que trop que je n'ai jamais eu de rancune, mes parents et mes amis me l'ont souvent reproché, et je veux bien encore en être la dupe (1). » La réconciliation fut donc ce qu'elle devait être, et la politesse la plus ex([uise y fut observée des deux parts. « J'ai vu avec plaisir, écrivait M. de Gisors à son père, les détails que je prenois la liberté de vous demander sur le retour de M. le maréchal de Richelieu à vous, et suis dans l'enchantement de votre conduite noble vis-à-vis -de lui. C'est un fort bon conseil que vous lui avez donné de ne point parler; les faits parlent trop contre lui, et
(1) 6(lcccinl)ro IT.'iT [3145, noSl].