ENQLÉTE SUR LA CAPITULATION DE MINDEN
pilogueurs ignorants qui ne trouvent ordinairement que trop de confiance et de crédit (1). »
Le prince était mécontent ; sa mauvaise humeur durait plus longtemps que d'habitude; c'est qu'ayant à dresser le bilan de la dernière campagne, les faits attristants se représentaient en foule sous ses yeux. Le maréchal de Belle-Isle lui avait recommandé de faire une enquête sévère sur la capitulation de Minden. « Tout le monde, écrivait M. de Gisors à son père, a ici les yeux ouverts sur la conduite que vous tiendrez à ce sujet. » Il avait été .constaté, entre autres choses, que, si quelques-uns des officiers étaient restés avec les soldats prisonniers de guerre, ils n'en méritaient pas plus d'estime, car suivant une convention acceptée d'un commun accord, c'était par un tirage au sort que « la corvée » leur était échue. « Je ne saurois vous dire, écrivait le prince, combien de pareils sentiments m'outrent et m'humilient. Je vous avoue, monsieur le maréchal, qu'attaché au roi, à ma nation et à leur gloire, comme je le suis, j'ai des moments bien cruels à supporter. » Sur M. de Morangiès, voici quelle était sa conclusion : « Il résulte de tout ceci que ce n'est point sa faute, s'il a mal défendu Minden, parce qu'il n'en savoit pas davantage, mais que c'est la faute des généraux (:2) quand ils mettent dans des postes des gens incapables, à moins qu'ils n'aient précisément que ceux-là; et en tout, un des grands talents du général c'est d'employer un chacun à ce à quoi il est propre, car si l'on avoit mit M. de Morangiès à la tête d'une troupe pour
(1) Pap. Clcrmont, 1758, t. II, n» 113.
(2) C'est-à-dire du niaréclial de Rkiielien qui avait placé M. de Morangiès à Mimlen.
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charger l'ennemi, il y aiiroit fait à merveille, d'autant que c'est un homme très brave. Ainsi chaque esprit, chaque talent trouve sa place dans notre métier; il n'y a que les hèles, les méchants et les épilogueurs qui soient nuisibles à tout et propres à rien (1). » Ceux des officiers de Minden ([ui avaient osé reparaître en France furent renvoyés avec honte à leurs troupes; les plus compromis furent cassés et mis en prison; M. de Morangiès cessa de servir.
Parmi tant d';fttes regrettables, l'attention du maréchal avait été spécialement attiré sur certains faits relatifs à l'artillerie. A Hamelen, on avait abandonné les pontons de l'armée pour emmener les équipages des officiers et l'on y avait employé quatre cents chevaux (2); à Lippstadt on avait abandonné le principal trophée de la bataille de Hastcnbeck, les dix pièces qui armaient la grande redoute enlevée par le régiment de Champagne; M. deGisors ne pouvait s'en consoler : « Tout le monde, disait-il, ne devroit-il pas offrir ses chevaux en pareil cas? Si j'avois été à la tète d'un régiment de cavalerie, j'aurois offert mes chevaux pour les tirer, mes cavaliers pour les escorter (3). » Malheureusement sa colonne n'était point passée par Lippstadt. Les faits signalés par le ministre se trouvèrent encore aggravés parles rapports du prince. 11 était urgent de pourvoir au désordre qui menaçait de ruiner les armes spéciales réunies ou plutôt confondues. « Le hochepot que l'on a fait du corps de l'artillerie avec celui du génie a tout gâté, disait le
(1) Au maréchal de Bolle-Islo, 9 avril. Pap. Clermoiit, 1758, t. III, nos.
(2) Bcllc-Islc à Clcrmont.G avril. Pap.Clermont,1758,t. II, n» 152
(3) Gisors à Bcllc-Islc, 29 mars [3473, m 219],