RÉCLAME DES S01>S
que lui avait assignés le général en chef. En effet, le 4, M. de Gisors datait de ce lieu les nouvelles qu'il mandait à son père : « Nous sommes arrivés à midi dansCrefeld qui est la ville la plus délicieusement bâtie que j'aie encore vue, renijdie d'habitants honnêtes, d'ouvriers de toute espèce, e( oîi les vivres en général ne seront pas chers. La maison que j'occupe, bâtie par le plus riche négociant du pays, est un palais enchanté dont les tableaux, les marbres et les meubles surprennent fort mes yeux accoutumés depuis trois semaines aux infâmes chaumières de Westphalie. Je suis logé aussi bien qu'à Paris, mais comme ce que je chéris à Paris n'est pas dans Crefeld, quatre heures après mon arrivée, j\ai éprouvé une joie bien vive en recevant un passe-port accompagné d'une lettre du secrétaire de M. le comte de Glermont. 11 faut toute ma raison pour m'empècher d'en profiter sur l'heure, tant je suis impatient de vous rejoindre ; mais peut-être m'auriez-vous blâmé de revenir si vite, actuellement que vous êtes ministre de la guerre (1). » Le maréchal de Belle-Isle approuva l'hésitation du comte de Gisors. « Le fils du ministre de la guerre doit donner l'exemple aux autres, » disait-il et il pria le comte de Glermont d'autoriser de nouveau et de justifier exceptionnellement son départ aux yeux du public en le chargeant d'une mission particulière, (( au moyen de quoi, ajoutait le maréchal, sa venue ici ne fera planche pour personne (2). »
(i) [a^iOl, n» 179.]
(-2) DcUc-Islo à (:ieniiont,G avril. Pap. Glermont, 1758, t. II, n° loi.
420 MUTATIO>S DANS i/aRMÉE
Au moment oh le comte de Gisors rejoignait son père, une nouvelle difficulté venait de surgir entre le gouvernement et le comte de Clermont. Madame de Pompadour n'avait rien exagéré de l'émotion soulevée dans la cour impériale par la retraite de l'armée française. Chaque étape en arrière valait un assaut de reproches à Tambassadeur de France à Vienne et au ministre des affaires étrangères à Versailles. L'alliance ébranlée chancelait ; la politique française menacée d'isolement réclamait de la guerre les derniers sacrifices; elle s'était engagée à porter de 24,000 hommes à 30,000 l'effectif du corps auxiliaire promis à Fimpératrice par le traité de Versailles. C'était le comte de Clermont qui devait payer les frais de la réconciliation; on lui retirait la brigade autrichienne et trois régiments suisses ; on lui retirait aussi, mais pour les garder provisoirement dans l'intérieur du royaume, quinze bataillons français des plus épuisés par la dernière campagne; en revanche on lui destinait 43,000 hommes de milice, soit pour servir au recrutement de l'infanterie régulière, soit pour être affectés à la garde des communications de l'armée. Cet échange fait, on lui garantissait un effectif combattant de 60,000 hommes de pied de 20,0o0 chevaux, auxquels il serait libre d'ajouter, quand et comme il lui plairait, 6,000 Palatins, 6,000 Wurtembergeois et 10,000 Saxons (!}. Le prince bondit de colère : « Je
(i) Crémillo à Clermont. 3 avril, — BcUc-Islc à Clermont, 5 avril. Pap. Clermont, 1758, t. II, n-s 142-150.
MENACES Dr COMTE DE Cl.ERMOM 421
sais ce que c'est que des armées ainsi combinées, s'écria-t-il, je ne veux pas faire le second tome de M. de Soubise. Le roi m'a mis à la tête d'une armée françoise ; j'aime mieux les bataillons françois à trois cents bommes que ceux qu'on veut me proposer à mille (1). » On l'affaiblissait, on le sacrifiait ; comment voulait-on qu'il pût défendre le Rhin ? Wesel ne pouvait pas tenir six jours ; Dusseldorf valait moins encore ; autant se décider tout de suite à reculer derrière la Moselle et la Meuse, et il s'y préparait (2).
La foudre éclatant en plein Conseil n'y eût pas jeté plus d'effroi ; on crut tout perdu. Madame de Pompadour se récria la première : « Vous êtes persuadé, monseigneur, du violent chagrin que les événements malheureux m'ont causé; celui que j'éprouve aujourd'hui par votre dépêche et la lettre dont vous m'honorez l'est encore plus, s'il est possible. Je vois que les troupes qui vous ont été demandées pour l'impératrice vous déterminent à une seconde retraite mille foisplushumiliante et plus dangereuse à tous égards que celle que vous venez de faire. Nos alliés accablés et la Hollande maîtresse de se déclarer sans courir de risque sont les moindres inconvénients qui en doivent résulter. D'un autre côté, si nous n'envoyons pas h l'impératrice les secours promis, elle est en très grand danger d'être détrônée. Nous resterons donc seuls, ayant abandonné et laissé périr nos amis (et où trouverons-nous jamais
(1) Clorniont à Crrmillc, 7 avril. — Ihid., n» li3.
(■i) Clormont à lîellc-Isio, II, l'2 et 13 avril [3471, n»" 92, 101, 11 1^ — A M'ne de Pompadour, 1-2 avril. Pap. Clermont, 1758, t. III, n» 20. — Note sur la composition de l'armée. Pap. Clermont, 1758, t. II, II" XU.