‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 249 sur 277 · DISPUTES AU QUARTIER GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DISPUTES AU QUARTIER GÉNÉRAL

indécisions, paroil être en M. de Mortaigne, sans cependant qu'elle le porte à le soutenir contre M. de Monteynard lequel, depuis quelque temps, appuyé du murmure général de l'armée, n'a plus aucun ménagement pour le premier. M, de Mortaigne, avec la vivacité que vous lui connoissez, conseille le prince et lui dénonce les fautes deTétat-major. M. de Monteynard ordinairement se borne à répondre que Son Altesse est la maîtresse, qu'il est fait pour exécuter, mais représente les difticultés. M. de Mortaigne soutient son avis avec chaleur ; l'autre ne dit plus mot, et rien ne se décide. Le prince, peiné de ces contradictions, a depuis quelques jours recours à M. de Contades pour être le conciliateur ; celui-ci, qui persiste à éviter le rôle de conseiller, vient quand il est mandé, donne l'avis qu'on lui demande et le motive, exécute ce dont on le charge, puis retourne chez lui. Les autres officiers généraux, éloignés du conseil, ne s'occupent que de critiquer tout ce qui se fait, et comme il y a matière, ils n'ont pas eu de peine à inspirer à toute l'armée autant de mépris pour le général que de haine contre M. de Mortaigne. Les citoyens, dont le nombre est petit, gémissent, et, en faisant leurs efforts dans ce qui dépend d'eux, frémissent de ce que nous ne sommes encore qu'à la mi-juin. Le soldat, au milieu de toutes les fatigues dont il est accablé depuis liuit jours, conserve encore de la volonté; d'avoir marché en avant aujourd'hui l'a ranimé. Si les dispositions sont bonnes, on |)eut compter sur une victoire assurée, pourvu que nous en venions bientôt aux mains (1). »

(1) Gisorsà Belle-Islc, 18 juin l7o8 [3177, n" 37.]

ounnE nÉiTiÏRÉ de combattre 471

Dans une lettre (|iie le comte de Clermont avait écrite de Neuss, le 16 juin, au maréchal de Belle-lsle, et où il lui expliquait, comme à madame de Pompadour, sa marche prétendue rétrograde : « Il ne faut pas, avait-il dit, taxer un général de timidité, parce qu'il ne combat pas aussitôt (|u'on le voudroit ; l'on ne connoit pas de loin la nature du pays comme de près. Je ne pouvois pas, sans imprudence marquée et sans exposer l'armée à une défaite quasi certaine, attaquer l'ennemi dans les positions où ont resté jusqu'à présent les deux armées (1). » C'est tout spécialement et sans méprise possible à ce passage que le maréchal de Belle-lsle répondait, le 19 juin, en ces propres termes : « Sa Majesté est bien éloignée d'ordonner que vous attaquiez l'ennemi dans des positions que vous jugez inattaquables et où vous n'avez pas au moins une présomption morale de succès. Elle s'en tient h m'ordonner de vous exposer, comme je l'ai déjà fait, toutes les raisons politiques et militaires qui exigent, relativement à nos alliés, que nous combattions... Je ne puis ni ne dois vous cacher les reproches humiliants qui nous sont faits de ce que nous n'avons cessé, depuis le mois de septembre, de rétrograder, de nous détruire nous-mêmes. L'on demande ce qu'est devenu l'honneur et le courage de la nation françoise, et l'on pousse les choses jusqu'à soupçonner notre bonne foi, parce qu'on dit qu'il n'est pas naturel que des troupes qui ont acquis et mérité autant de réputation puissent être devenues tout d'un coup les plus mauvaises et les plus mal disciplinées en tout genre. Vous jugez bien, monseigneur, que les généraux ne

(1) [3i77, no 7.]

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