‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 254 sur 277 · COMMENCEMENT DE LA BATAILLE DE CREFELD · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT DE LA BATAILLE DE CREFELD

droite qui se prolongeait insensiblement au delà de Kempen. L'opinion de l'observateur qui avait fait ces remarques, en passant h travers les postes ennemis, était ainsi résumée dans un rapport du 22 : « 11 juge qu'ils pourroient avoir quelque dessein sur notre gauche (1). » Le 23 juin, à cinq heures du matin, M. de Mortaigne et M. de Contades, suivis des trois états-majors de l'armée, quittèrent le quartier général dans l'intention de pousser une reconnaissance dans les bois au delà d'Anradt; en passant à la gauche du camp, M. de Mortaigne, s'avisant enfin qu'une redoute n'y serait pas inutile, donna des ordres pour que les travaux fussent exécutés dans la journée même et poursuivit sa route. A peine les généraux étaient-ils arrivés à une portée de fusil d'Anradt, qu'un déserteur prussien, un hussard, se montra tout à coup, piqua vers eux et les engagea vivement à ne pas s'aventurer davantage. « Sans ce hussard, avouait M. de Mortaigne, nous aurions été pris, M. de Contades et moi. » D'après le témoignage de cet homme, à une heure du matin, toute l'armée hanovrienne avait pris les armes ; quinze ou vingt mille hommes, sous les ordres du prince héréditaire de Brunswick, mais dirigés par le prince Ferdinand lui-même, étaient partis de Kempen sur quatre colonnes, en inclinant vers la droite pour traverser le landwehr au passage de Borselsbaum, et déjà leurs avant-gardes occupaient les bois à portée d'Anradt. Aussitôt les généraux firent demi-tour, M. de Mortaigne gourmanda vivement le commandant de la légion royale, M. de Sicard, de ce qu'il ne prenait pas la peine d'éclairer mieux ses ap-

(1) Pap. Clcrmont, 1758, t. VII, n" 140.

ATTAQUE GÉNÉUALE 481

proclies, lui ordonna de se mettre immédiatement en mesure de recevoir l'ennemi, puis tout l'état-major regagna lo pins promptement qu'il put le ffuartier général. M. de Morlaigne y trouva d'autres nouvelles. A huit heures du matin, M. de Voyer avait averti le comte de Clermont qu'il voyait l'ennemi en mouvement de toutes parts, mais surtout à la gauche de Crefeld; à dix heures moins un quart, il annonçait qu'il allait être attaqué, à onze heures, (|u'il était attaqué avec du canon par des forces très supérieures aux siennes, à onze heures trois quarts, qu'il se repliait lentement sur le landwehr (1). C'était la gauche hanovrienne, sous les ordres du général Sporken, qui avait marché sur deux colonnes à Crefeld En même temps, une seule colonne, formée des troupes du centre, sous le commandement du général Oberg, avait débouché par Saint-Antonis et paraissait menacer la censé de Huikesmey. Cependant le comte de Clermont ne voulait voir encore dans ces manœuvres qu'une fausse démonstration, dans ces premières attaques de simples escarmouches destinées à lui donner le change sur les intentions de l'ennemi dont le véritable projet, croyait-il, n'était que de lui dérober une marche pour changer de camp. Il était midi, l'heure du dîner; le prince venait de se mettre à table lorsqu'une vive canonnade engagée par toutes les batteries du landwehr lui apprit que l'affaire devenait sérieuse et qu'il n'était que temps d'endosser la cuirasse. La générale fut battue, les troupes se réunirent à la tête du camp et chaque division prit rapidement son poste de bataille.

(1) Les originauxdc ces avis donnésparM. de Voyer se trouvent dans les papiers de Clermont, 1758, t. VII, no^ 144-148-149-150.

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