‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 266 sur 277 · S02 LE CŒUR DE M. UE GISORS A VERNON · texte numérisé non relu

S02 LE CŒUR DE M. UE GISORS A VERNON

une heure ou cinq quarts d'heure, avec une présence d'esprit, une force, une netteté et une précision incroyables. Il se livre encore actuellement au travail immense et nécessaire dans les circonstances présentes ; il fond en larmes de temps en temps, au milieu de ce travail, et le reprend tout de suite avec la même présence d'esprit. Monseigneur le Dauphin lui fit l'honneur de l'aller voir hier après dîner, et la reine lui fit le même honneur le soir (1). »

Le premier vœu témoigné par le maréchal de Belle- Isle, en apprenant la mort de son fils, avait été que son cœur pût être transporté de Neuss à Vernon, et déposé dans le tombeau de sa seconde femme, mère du comte de Gisors. M. de Crémille se fit auprès du comte de Clermont l'interprète de ce pieux désir (2). Ce fut à M. de Vignoles que le comte de Clermont confia le soin de l'accomplir ; mais avant de le renvoyer à Neuss, avec le chirurgien dont l'aide lui était nécessaire, il demanda l'agrément du prince Ferdinand de Brunswick. « M. de Vignoles et celui qui l'accompagne, répondit le prince allemand, trouveront toutes les facilités et secours dont ils pourroient avoir besoin dans leur commission, tandis que moi, de mon côté, je ne cesserai de me plaindre de n'avoir pu rendre que de tristes services à monsieur le maréchal que j'estime beaucoup. » Toutefois, après l'acquiescement courtois du gentilhomme et du prince, il était bon de noter cet avis également courtois du mi-

(1) Ce fragment, qui est donné à la date du 30 juin, est, croyons-nous, antidaté d'un jour par erreur ; il doit être du lerjiiillcl. Mémoires du duc de Lutjnes, t. XVI, p. 489.

(2; Crémille à Clermont, 30 juin. Pap. Clermont, 1758, t. IV, no 131.

SYMPATHIES AUTOUR DU MAllÉCHAL 503

lilaire : « Je supplie cepondant Votre Altesse de ne me plus envoyer des officiers et d'user à cet égard de la même circonspection que moi j'observerai toujours visà-vis d'elle (1\ » Quelques jours après, le comte de Clermont donnait avis à M. de Crémille que le valet de chambre du comte de Gisors, chargé de la cassette qui contenait le cœur de son maître, devait, sans passer par Paris, se rendre à Bonnières près de Vernon, le 45 juillet (2).

Les témoignages de sympathie autour du maréchal de Belle-Isle furent nombreux, comme ils devaient l'être ; la plupart furent sincères, beaucoup furent touchants, quelques-uns presque égaux à l'infortune du père si cruellement frappé (3). Il écrivait à M. de Vault : « Je suis, sans exception, le plus malheureux des hommes, ■et mon malheur ne peut finir qu'avec ma vie (4). » 11 y a une lettre du maréchal de Thomond, dont l'accent naturel et simple a dû aller au plus profond de ce cœur navré : « J'aimois tendrement M. de Gisors de tous les temps. Je l'avois vu naître et acquérir avec l'âge tous les talents et toutes les qualités estimables et aimables. Si les vœux du public avoient été exaucés, car jamais ils n'ont été plus vifs et plus sincères en faveur de quelqu'un, le ciel vous l'auroit conservé ; j'ose dire que les miens ont été les plus ardents de tous (5). »

(1) Clormont à Crémillo, i juillet. — Au prince Ferdinand, 1 juillet. — Ferdinan 1 de Briinswi'-k à Clcnnonl, 5 juillet. — Pap. Ciermont, 1758 t. IV, n" 132-i:il-i5-2.

(2) Clennontà Crémille, 8 juillet-. Ihid., w \(j\.

(i) Plusieurs de ces lettres de condoléance se trouvent dans le t. 3504. D. G.

(4) 7 juillet [3478, n" 191].

(ij) 7 juillet [3504, n» 63].

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