LE PRINCE DE KAUMTZ ET MARIE-THÉRÈSE
La cour de Vienne ne manqua pas d'adresser ses tristes compliments au maréchal de Belle-Isle ; l'impératrice Marie-Thérèse lui écrivit de sa propre main ; le prince de Kaunitz lui écrivit également ; mais sous ces condoléances, la politique impatiente se laissait trop tôt et trop facilement voir. «■ Conservez-vous, monsieur le maréchal, disait le prince de Kaunitz, et songez que vous vous devez à l'État et à l'humanité. J'ose vous recommander avec instance de tenir la main à ce que, dans tout ce que l'on fera par la suite, on ne perde point de vue la gloire du roi et l'avenir surtout (i). » L'homme d'État découvrait sans ménagement le fond de sa pensée ; la délicatesse de la femme se retrouvait au moins dans la lettre de Finipératrice. « J'ai partagé bien sincèrement votre juste douleur, disait-elle ; je désire fort qu'elle puisse ne point influer sur votre santé ; votre conservation m'est précieuse, parce qu'elle importe au service du roi, dont je regarde la gloire et les intérêts comme inséparables des miens (2).» Le maréchal de Belle-lsle devait une réponse à l'impératrice ; il fallait qu'elle fût simple, digne, reconnaissante sans trop d'attendrissement, louangeuse avec délicatesse, plus conforme aux préoccupations de l'auguste souveraine qu'aux sentiments de l'écrivain lui-même, moins tirée de son cœur que de son esprit, en un mot un petit morceau de littérature politique mêlée d'un grain de sensibilité. Homme d'esprit, littérateur, diplomate, et beaupère du comte de Gisors, le duc de Nivernais avait toutes les qualités requises pour bien faire un pareil
(1) 18 juillet 17o8 [3504. n" 14-2].
(2) Lcllrc aulographo. IS juillet '3:i0l, lY lt3].