MARIAGE DU COMTE DE GISORS
personnage considérable, duc et pair de France, grand d'Espagne, prince du Saint-Empire, clievalier des ordres du roi et son ambassadeur auprès du Saint- Siège ; il était alors ce qu'il fut toujours, ce que la Révolution ne put au moins changer, un homme du caractère le plus aimable et du plus charmant commerce, un homme d'esprit, ami des lettres, les cultivant comme s'il n'eût pas eu autre chose à faire, enfin tenant sa place à l'Académie, non pas comme un grand seigneur lettré, mais comme un homme de lettres grand seigneur. Il était né en 1716 et il avait épousé, bien jeune, en 1730, une Phelypeaux dePontchartrain, sœur du comte de Maurepas ; mais suivant l'usage du temps, les deux familles avaient réglé entre la cérémonie et la consommation du mariage un intervalle convenable, de sorte que la première fille du duc de Nivernais, Hélène-Julie-Rosalie, celle qui devait être la comtesse de Gisors, était née seulement le 13 septembre 1740. Elle avait une sœur, de deux ans plus jeune, et un frère qui était né au mois d'octobre 1745. La recherche du maréchal et de la maréchale de Belle-Isle fut accueillie par le duc et la duchesse de Nivernais ; le roi y donna son agrément et le mariage fut célébré le 23 mai 1753 (1). Pour le comte de Gisors il en fut de cette cérémonie comme de sa première nomination dans Royal-Barrois ; elle ne lui donna pour le présent qu'un titre en attendant l'avenir ; mais dans l'un et l'autre cas, la cause du retard n'était point la même : la première fois, c'était la jeunesse du colonel,
(1) Voir le délail de la noce dans les Mémoires du duc de Luynes, t. XII, p. 4o6.