‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 28 sur 277 · M. DE GISORS GOUVERNEUR DE METZ · texte numérisé non relu

M. DE GISORS GOUVERNEUR DE METZ

c'était ici la jeunesse de l'épousée ; elle n'avait pas treize ans.

Au point de vue des honneurs, le mariage du comte de Gisors lui avait apporté mieux qu'un titre. Le maréchal de Belle-Isle avait obtenu du roi la permission de transmettre à son fils, avec tous ses droits et avantages, sauf le commandement militaire, le gouvernement de Metz et des Évêchés ; quelque temps après il obtint du roi de Pologne, en ce qui touchait la lieutenance générale de Lorraine et de Bar, la même grâce ; c'était entre les deux charges un bénéfice immédiat de cinquante-deux mille livres de rentes pour le jeune gouverneur et lieutenant général (1). Le maréchal de Belle-Isle le mena lui-même à Commercy faire son remercîment et prêter le serment qu'il devait au roi de Pologne, mais il le laissa tout seul faire son entrée à Metz, et il n'assista que comme duc et pair à la réception solennelle que le parlement messin fit au nouveau gouverneur. « Je jouis, écrivait le maréchal au comte d'Ârgenson, de la satisfaction de voir que la grâce distinguée et prématurée que le roi a faite à mon fils et à laquelle vous avez tant contribué, a été infiniment agréable et aux habitants de celte ville et en général dans toute la province ; après quoi il reprendra avec la même exactitude et la même application les devoirs et les fonctions de colonel^ et j'espère que les récompenses prématurées ne serviront

(1) Les provisions du cfouvernement de Metz au nom du comte de Gisors sont datées du 9 mai 17o3 ; celles de la lieutenance générale de Lorraine lui ont été délivrées par le roi de Pologne, le 3 juillet, et confirmées par le roi de France le 31 juillet suivant. — V. Mémoires du duc de Luynes, t. XII, p. 4i6.

qu'à redoubler son zèle et son émulation (1). « Il est certain que cette mode de faveurs, de grades et de mariages précoces, jetait dans Versailles beaucoup de courtisans inutiles et fats, dans l'armée beaucoup de colonels médiocres et dans la société beaucoup de maris dont les exemples n'étaient pas faits pour encourager la vertu de leurs femmes. Une exception, si éclatante qu'elle soit, ne suffit sans doute pas pour légitimer un abus ; mais dans ce monde, tel que le faisait la mode, ce fut l'honneur du comte de Gisors de mériter par ses talents, sa conduite et ses mœurs, d'être cité comme une étonnante et admirable exception.

Non seulement de la cour, de la ville et de la province, mais de l'étranger même, les félicitations venaient en foule au maréchal de Belle-Isle. Le comte de Neipperg, gouverneur de Luxembourg, envoyait son propre fils le complimenter à Metz. « Ce n'est point un comte de Gisors, écrivait-il au maréchal, mais quoique avec moins de talents que ledit comte, je prie néanmoins VotreExcellence d'accepter sa bonne volonté (2). » — « Les nouvelles arrivent tard, monsieur le maréchal, dans la province où je suis, écrivait du fond de la Westrogothie un illustre Suédois, le baron de Scheffer, longtemps ambassadeur en France ; je ne fais donc que d'apprendre combien je vous dois de compliments au sujet de M. le comte de Gisors, et je ne perds pas un instant pour m'en acquitter. Il est bien vrai que personne au monde ne prend plus de part que moi à votre satisfaction, et que personne non plus ne s'intéresse

• (1) 25 et 30 juillet 1733 [3393, n»' 3b8 et 364]. (2) 4 août 1733 [3391, n°303].

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