LES HANOVRIENS REPASSENT LE HHI.N
On n'a point à discuter ici ce jugement sur le marquis de Contades. On se contentera de dire que ses heureux débuts dans le commandement lui valurent presfjue aussitôt le bâton de maréchal qu'avait rêvé d'obtenir, concurremment avec lui, le comte de Mortaigne (1). En passant sur la rive gauche du Rhin, le prince Ferdinand de Brunswick s'était proposé deux objets : détruire, s'il était possible, l'armée française, et faire déclarer la Hollande en faveur du roi de Prusse. En Hollande, malgré ses premiers succès, il ne put exciter aucun mouvement, et sans doute peu soucieux de courir les chances d'une seconde rencontre où Tarmée française cherchait avec ardeur l'occasion d'une revanche, il ne songea plus qu'à dérober à son adversaire ses projets de retraite ; il réussit à repasser sur la rive droite du Rhin, le 8 et le 9 août, entre Clèves et le lieu de son premier passage. Ici se terminent les dernières suites. les conséquences extrêmes de la campagne de Hanovre. Commencée au mois d'avril IToT. elle s'est donc prolongée, presque sans interruption . jusqu'au 9 août 17o8. C'est dire qu'il y a deux campagnes, ou. si Ton veut, deux parties bien distinctes dans ce qu'on appelle la campagne de IToS; la première apparieuaii doublement à ce récit, parce que le comte de Gisors s'y est trouvé mêlé, et parce qu'elle est un appendice (les opérations commencées en 1757 ; la seconde ouvre et comprend une série d'opérations nouvelles et distinctes en Allemagne.
(l)Lo maniuis de Conlados fut uonuiu* maréchal do Franco lo 24 août 1758.
844 RETRAITE CHRÉTIENNE DE MADAME DE f.ISORS
Il ne reste plus que quelques mots h dire de ceux que la perte du comte de Gisors avait immédiatement et cruellement frappés. La plus naturelle et la plus efficace des consolations humaines manquait à sa veuve; elle n'avait point d'enfant. Madame de Gisors consacra le reste de son existence au service des idées religieuses et à la pratique des vertus chrétiennes (1). Pour le maréchal de Belle-lsle, après avoir été célébré comme un héros, parce qu'il avait consenti à rester au ministère, l'opinion, dont la mobilité doit toujours quelque part rencontrer l'injustice, lui reprocha bientôt avec passion d'avoir cédé aux instances du roi. Elle lui fit même un crime d'avoir survécu à son malheureux fils; c'était donc, selon la foule malveillante, qu'il n'avait ni sensibilité, ni cœur, ni entrailles, qu'il était un monstre d'égoïsme, d'ambition et de cupidité.
Vers la fin du mois de juin 17o9, un an après la mort du comte de Gisors, le maréchal de Belle-lsle adressa la lettre suivante à Louis XV :
« Sire, mon âge, mon ancien attachement pour votre personne et surtout vos bontés infinies doivent m'autoriser à ouvrir mon cœur à Votre Majesté. Il y a cinquante-neuf années révolues que je sers Votre Majesté et le feu roy votre bisaïeul, j'ose dire avec un zèle actif dont il y a bien peu d'exemples. De quatorze frères ou
(1) Voir Œuvres posthumes du duc de Nivernais, t. I", 1''^ partie, p. '2të.
LETTRE Dl MARÉCHAL DE BELLE-ISLE AU ROI 51 O
sœurs, il ne m'en restoit qu'un qui a été tué en 1747; j'ose dire que Votre Majesté a perdu en lui un de ses meilleurs lieutenants généraux et qui eût le plus dignement commandé ses armées.
« J'ai également perdu une femme qui, entre bien l des qualités respectables, avoit eu celle d'être aussi occupée du bien de votre service que moi-même, et y a été extrêmement utile, surtout en Allemagne, où elle s'étoit concilié l'estime générale et la confiance des princes, des ambassadeurs, et de tous les notables de l'Empire à Francfort.
« Il ne me restoit plus qu'un tils unique que nous avions élevé dans les principes de religion et de dévouement à votre service. Dans le temps que j'avois la consolation de le voir si bien répondre à notre attente, il a plu à la divine Providence de me l'enlever, et avec lui tout ce qui me restoit dans le monde. Frappé de ce coup de foudre, je me suis cru incapable d'aucune autre idée que de celle de la mort.
« eT'aurai dans trois mois soixante-quinze ans faits, j'ai de fréquents ressentiments de la blessure que j'ai reçue à la poitrine, ce (pii, joint aux autres infirmités inséparables de la vieillesse et à une surdité dont Votre Majesté n'a que trop souvent occasion de s'apercevoir (1), je ne songeois qu'à la retraite, lorsque Votre Majesté, par les marques les plus distinguées de bonté, a daigné prendre part à ma douleur et m'a touché si profondément le cœur que je lui ai fait le sacrifice de ce qui me reste de vie et de santé, en me livrant tout entier et uniquement à votre personne, à votre service et à vos
(1) Ce membre de phrase est ainsi incomplet dans la minute.