LETTRE DU BARON DE SCHEFFER
plus vivement au bonheur de M, de Gisors. Établi par un tel père et déjà honoré des bienfaits de son maître, il ne pourra que trouver un jour, dans sa famille ainsi que dans sa carrière publique, toute la douceur et toutes les distinctions qui peuvent rendre heureux dans ce monde. Puissiez-vous, monsieur le maréchal, jouir encore longtemps du sensible plaisir de vous voir revivre dans un si digne fils et d'être vous-même son conducteur dans le chemin de la gloire que vous lui avez si bien tracé par vos exemples ! Je prends aussi la liberté de féliciter ici madame la maréchale qui, par sa tendresse maternelle, par ses soins infatigables, par les plus rares, les plus éclairées et les plus brillantes vertus, n'a que trop mérité le bonheur que la Providence lui accorde aujourd'hui. Plût à Dieu qu'une telle récompense rendît de tels exemples plus ordinaires parmi nous qu'ils ne l'ont été jusqu'à ce jour ! » Quand on écrit de si loin, on ne traite pas qu'un seul sujet ; après les compliments, le baron de Scheffer passait à la politique, à l'état de son pays, à l'inquiétude qui agitait l'esprit du roi de Suède. « Je me suis trouvé, disait-il, dans l'impossibilité de remplir jusqu'à présent l'engagement que j'avois contracté dans ma dernière lettre... D'ailleurs la politique de celui dont j'avois surtout à vous entretenir varie si fort et est tellement déterminée par le moment, souvent même par l'humeur, sans aucun égard pour les plans dont il a paru dans un autre moment le plus occupé, que ce qu'il pouvoitvous importer le plus de savoir, il y a six mois, ne seroit aujourd'hui d'aucune utilité. Il faut convenir entre nous, monsieur le maréchal, qu'il vaut bien peu la peine de se mêler aujourd'hui des affaires publiques ; les