‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 30 sur 277 · CHAGRINS DE FAMILLE · texte numérisé non relu

CHAGRINS DE FAMILLE

grandes clioses sont sacrifiées partout à des pauvretés. Je plains bien celui qui aura à écrire les négociations importantes, les vues et les mesures du temps où nous sommes ; il aura bien du talent s'il en fait un morceau curieux et instructif pour la postérité (1). »

Le comte de Gisors avait vu des étrangers en France ; il était bon qu'il vît les étrangers chez eux. Il devait commencer par ritalie et accompagner son beau-père qui était sur le point de retourner à Rome ; un triste événement empêcha ce premier voyage. Le fils unique du duc de Nivernais, tout près d'achever sa huitième année, tomba tout à coup et très gravement malade. « Mon cher père, écrivait de Paris, le 18 septembre 1733, M. de Gisors au maréclial de Belle-Isle qui était à Metz, je ne puis vous peindre -la désolation qui règne ici dans le moment oii je vous écris. Madame de Nivernois, îi genoux au coin du feu, prie Dieu fondant en larmes ; M. de Nivernois à l'autre coin est, la tête penchée en avant, plongé dans un abattement affreux. Le petit malade, qui est dans la chambre voisine, ne cesse de se plaindre ; tout le dégoûte ; ce n'est ni la fièvre ni le mal de gorge qui inquiètent; il est brûlé par un feu intérieur, sans que les médecins, qui assurément y mettent toute leur application, sachent trop ce que c'est ; ils m'ont paru sortir assez mécontents ce matin. Je passe ici les journées entières, hors depuis cinq heures jusqu'à huit que j'ai été ces jours-ci répondre, à l'hôtel de Belle-Isle, à un grand nombre de lettres que j'ai laissées arriérer à Metz... Je sens le prix de toutes vos bontés pour le régiment de Champagne et du plaisir que vous vous

(I) 16 juin 17o3 [3391, n" 288].

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