LE PARLEMENT ET LES ORATEURS
les grands se trouvent dans le cas d'avoir besoin des petits; mais en même temps qu'ils sont intéressés à se ménager l'amitié des électeurs, ils doivent les mépriser bien souverainement (1). »
Cependant le corps qui prend naissance au sein d'une telle corruption n'est pas aussi infecté, ni surtout aussi faible et mou qu'il semblerait à première vue. Dans le courant ordinaire des choses, il est vrai que le Parlement se laisse endormir par les intrigues et les présents du ministère, « mais dans tous les cas pressants il se réveille ». Plus d'un ministre qui se reposait avec sécurité sur une majorité complaisante a payé d'une chute soudaine sa confiance présomptueuse. Lors même que la majorité reste fidèle au ministère, le langage des orateurs de l'opposition ne laisse pas d'être redoutable parce qu'il agit sur l'opinion publique. La parole est entièrement libre; c'est à l'orateur de se faire écouter ; s'il n^est qu'ennuyeux, on le laisse parler tout seul. Il y en a tel autre qu'on cite au contraire à M. de Gisors pour le talent qu'il a de donner de l'intérêt aux choses les plus indifférentes ; comme il peut arriver qu'en l'absence des ministres un débat important s'engage tout à coup, ce parleur agréable procure aux intéressés le temps d'être avertis et d'accourir : ce n'est point un politique, c'est un amuseur; mais le rôle qu'il joue aide aux manœuvres de ses amis politiques (2).
Un jour le comte de Gisors est mené par Horace Walpole à la Chambre des communes; dix ou douze bills sont lus en quelques minutes, car le lecteur passe sans façon du commencement à la fin ; des comités sont
(1) Journal, 9 avril. — (2) Journal, 7 février.