‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 39 sur 277 · LES SOLDATS ET LES MARINS · texte numérisé non relu

LES SOLDATS ET LES MARINS

mieux informé des choses militaires. Le séjour de Londres, selon le prince, est pernicieux pour les troupes, mortel pour la discipline ; le régiment des gardes est peut-être, à cause de son contact avec les bourgeois et la populace, le plus infecté de tous: l'esprit militaire est tellement en décadence que le respect hiérarchique n'existe plus hors des rangs; c'est à peine si les soldats qui ne sont pas de service saluent les officiers qu'ils rencontrent; beaucoup même ne les saluent pas du tout (1). Les soldats sont engagés à vie et condamnés à mort s'ils désertent; cependant l'armée n'a légalement qu'une existence annuelle, puisqu'il faut qu'elle soit, comme les subsides, accordée au roi chaque année par un vote du Parlement. Il y a contradiction, et la cause en est dans cette défiance de l'autorité royale qui anime la nation anglaise. De même pour cette marine dont les Anglais sont si fiers; ils envient à la France le système des classes dont Colbert l'a dotée, mais ils n'osent pas l'introduire chez eux, parce que si le roi était assuré d'un certain contingent de marins, l'autorité du Parlement sur les affaires maritimes serait anéantie ou tout au moins éludée. Dans les cas pressants, quand il devient urgent de peupler leurs vaisseaux de guerre, ils préfèrent recourir à cette odieuse violence qu'on appelle la presse des matelots, quitte à les dédommager par l'appât des parts de prise, c'est-à-dire par leur part au pillage des navires de commerce sous pavillon ennemi, quelquefois même sous pavillon neutre. Cette défiance de l'autorité royale suffirait à expliquer pourquoi les chefs de l'armée jouent un rôle si médiocre en Angle-

(1) Journal, 23 février.

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