‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 40 sur 277 · OPULENCE DES GENS DE LOI · texte numérisé non relu

OPULENCE DES GENS DE LOI

terre; mais il y a une autre raison, c'est qu'ils sont généralement très médiocres eux-mêmes, les officiers les plus intelligents, une fois pourvus du grade de colonel, abandonnant volontiers une profession ingrate pour se lancer dans la vie politique et faire, dans la Chambre des communes, des campagnes plus avantageuses à leurs intérêts qu'elles ne seraient en Flandre ou en Hanovre (1).

Dans un pays où les lois tiennent une si grande place, après ceux qui les font viennent naturellement ceux qui les interprètent ou qui les appliquent. Le corps des gens de loi est un des plus opulents de la nation ; lord Dillon dit au comte de Gisors que pour envisager seulement un avocat, il en coûte cinq gainées, et cinquante pour voir ensemble trois ou quatre de ces juristes. Les Anglais, qui ont aplani et réduit les procédures au criminel, les ont tout à fait négligées au civil, ce qui rend les procès interminables et ruine les familles au profit des gens de loi. Ceux-ci sont si prodigieusement riches que pour décider l'un deux, quand il a de la réputation, à quitter le barreau pour entrer dans la magistrature et même pour devenir lord chancelier, il faut lui assurer des appointements énormes. Les médecins à Londres sont aussi gens qui vont facilement à la fortune ; quelqu'un dit au comte de Gisors qu'il y a deux choses ruineuses dans cette grande ville, l'une d'être malade

(1) Journal, 6 février

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