IV AVANT-PROPOS
de M. P. Faugère, alors Directeur des Archives et de la Chancellerie au Ministère des Affaires étrangères, un certain nombre de détails intéressants^ et d'abord un document du premier ordre, le Journal du comte de Gisors 'pendant son voyage en Angleterre et en Hollande, sont venus grossir le contingent d'informations que nous avions pu recueillir au Dépôt de la Guerre. Félicitons-nous surtout d'y avoir retrouvé, à très peu près intacte, la correspondance militaire du comte de Gisors avec le maréchal de Belle-Isle. C'est avec cette précieuse collection de lettres, pour ainsi dire quotidiennes, rapprochée de la correspondance officielle, des papiers de Pàris-Duverney et de ceux du comte de Clermont, que nous avons pu reprendre de fond en comble l'étude de la campagne de Hanovre et donner sur l'état moral de l'armée française, à ce moment critique de notre histoire militaire, des renseignements qui peuvent être des enseignements.
Nous avons essayé de montrer, dans VHisfoire de Louvois, comment se fait une bonne armée; nous essayons de montrer, dans ce livre, comment une bonne armée se défait.
LE
Le plus éloquent adversaire du despotisme sous Louis XIV, l'auteur inconnu des Soupirs de la France esclave, poursuivant de ses invectives les favoris, les créatures, « les nouveaux grands qui sortent de la poussière et qui montent jusque près du trône, » maudissant leur rapide élévation et leur pouvoir énorme, se consolait en leur prédisant une chute encore plus rapide et une ruine encore plus profonde que leur fortune n'était haute. « On montrera quelque jour, disait-il, ces superbes maisons de nouvelle création et l'on dira : « Voilà les ouvrages de Louis le Grand; jugez com- « bien étoit grand celui qui lésa faits; » si ce n'est qu'une maligne étoile ne se lève avec le successeur, qui versera sur ces têtes nouvellement élevées des influences toutes semblables à celles qui ont désolé les Fouquet et ses pareils, ce que chaque particulier espère pour sa consolation et pour sa vengeance (1). » L'exemple certes était bien choisi pour frapper les imaginations; la disgrâce du surintendant Fouquet, quel sujet de
(1) Deuxième mémoire, du lo septembre 1689.