‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 43 sur 277 · QQ BAL CHEZ LADY HOLDERISESSE · texte numérisé non relu

QQ BAL CHEZ LADY HOLDERISESSE

encore, le 24 février, à sa mère, il y a eu un très beau bal chez milady Holdernesse qui a été, si j'ose le dire, un peu en ma faveur. 11 y avoit plus de cent personnes dont je ne vous dirai pas les noms parce que cela vous seroit assez égal, ni ne vous ferai le détail du souper magnifiquement servi. Mais je ne puis assez vous entretenir de la politesse angloise, n'y ayant eu personne dont M. de Keralio, M. de Grandpré et moi n'ayons éprouvé les attentions, et surtout de milord et de milady Holdernesse qui font les honneurs de chez eux avec beaucoup de grâce. Joignant les bons exemples que je vois ici aux bonnes leçons que vous m'avez données, je vous ramènerai, à ce que j'espère, un enfant très poli. Il faut convenir aussi que mon père est bien aimé et considéré en ce pays-ci; je le lui mandois l'autre jour. Ayant des parents tels que ceux que Dieu m'a donnés, il faudroit que j'eusse bien peu de cœur pour ne pas chercher à m'en rendre digne ; cette pensée sera toujours mon soutien. Au reste le séjour de l'Angleterre n'est pas aussi dangereux que je l'imaginois; la liberté qui entraine la licence permet aussi la sagesse. Chacun fait ce qu'il veut. Ce ridicule qui, en France, est le tyran de l'amour-propre et l'écueil d'une foible vertu, n'exerce point ici son empire; il n'y a point ici de sociétés à l'esprit dangereux desquelles il est nécessaire de se conformer pour réussir; on ne se voit que par billets (1) ou au milieu de deux cents personnes d'une assemblée; chacun peut aller où son goût le porte sans qu'on s'en aperçoive. Rentré chez moi tous les jours à onze heures, mangeant la croûte de

(1) C"cst-à-dirc par invitation spéciale pour un jour donné.

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