LES JEUNES FILLES ANGLAISES
pain, je devise avec M. de Keralio sur ce que nous avons vu pendant la journée et réfléchis tranquillement à ce que j'ai à faire le lendemain. Ainsijusqu'à présent je n'ai eu rien à combattre faute de combattants ; cela est fort doux et plus sûr loin d'une mère dont les conseils ont toujours été pour moi un précieux conforta tif. »
A cette description d'un bal anglais manque dans la lettre du comte de Gisors le trait le plus essentiel, mais nous le retrouvons dans son journal : c'est qu'après le souper, les maris et les femmes s'en allèrent, laissant ensemble les jeunes gens et les jeunes filles qui continuèrent à danser jusqu'à cinq heures du matin (1). Déjà, le jour de sa première visite à lady Holdernesse, le jeune Français avait été tout surpris de se croiser en sortant avec miss Pelham qui venait seule et à pied voir la femme du secrétaire d'État ; mais le duc de Mirepoix lui avait appris que c'était la mode en Angleterre de laisser aller les jeunes filles « sur leur parole (2) ». De même pour ces bals où jeunes gens et jeunes filles restaient ensemble « sans que la décence en fût aucunement blessée » ; sur quoi le comte de Gisors ajoute cette remarque : « L'intérêt à se marier avantageusement valant bien les yeux d'une mère, elles ne donnent carrière qu'à leur esprit pour chercher à plaire. » C'est le thème que nous retrouvons plus tard dans l'analyse d'un entretien du comte de Gisors avec une femme d'esprit qu'il ne nomme pas, mais qui doit être lady Holdernesse. La dame a commencé par critiquer avec grand mépris les femmes françaises au
(1) Journal, 20 février. — (2) Journal, G février.