S6 LES PP.INCES PRUSSIENS
et h mon pauvre oncle dont il m'a fait les plus grands éloges. Indépendamment de l'a reconnoissance que sa façon de penser pour vous et ses bontés pour moi m'inspirent, je suis enchanté de ce prince, ayant déjà vu par moi-même une partie de ce que je vous en avois entendu dire ; mais je n'ai le temps de vous faire sur cela aucun détail. Il faut que je me dépèclie de vous dire que, quoique Tusage ne soit pas d'être présenté aux princes de la famille royale à Potsdam, le prince de Prusse et le prince de Brunswick ont permis que je leur fisse ma révérence après le diner et m'ont honoré aussi de l'accueil le plus gracieux. Je leur ai remis vos deux lettres. Le prince de Brunswick m'a entretenu avec beaucoup de vivacité des obligations qu'il vous avoit, qu'il n'oublieroit jamais et se feroit un plaisir de reconnaître à mon égard ; il m'a quitté ensuite pour ordonner qu'on préparât son carrosse pour moi. M. le baron de Polnitz, qui m'a dit vous être fort attaché et me l'a prouvé par toutes les politesses imaginables, a bien voulu se charger de me mener chez M. le prince Henri qui, étant ici comme colonel avec son régiment, demeure dans une maison particulière. Ce prince m'a beaucoup demandé de vos nouvelles et dit que, devant être du voyage du roi en Poméranie et à Magdebourg^ il avoit appris avec plaisir que j'y irois, parce que, moyennant cela, il me verroit beaucoup davantage; il m'a ensuite mené dans son jardin où étoient le prince son frère et quelques officiers. Après avoir assisté à une conversation assez longue, oii j'ai admiré combien ces princes sont instruits, le prince Henri, comme je sortois, a eu la bonté de m'offrir ses chevaux pour toutes les fois que j'en aurois besoin. Je vous cite toutes ces
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particularités, afin que vous voyiez combien vous êtes considéré ici; elles ne peuvent ([ue m'Iiumilier, moi, en me montrant combien j'ai à faire pour me rendre digne de vous. A mon âge, on ne peut avoir que l'ambition de ne point faire de sottises, et en vérité cela ne suffît pas pour répondre à ce que je dois à un père tel que vous... Je n'ai pas manqué d'aller chez le maréchal Keith (r. »
Le maréchal Keith, Ecossais d'origine, jouissait d'une autorité considérable dans la cour militaire de Frédéric II. Dès le 20 mai, il écrivait au père du comte de Gisors : « Je m'étois proposé, par la vénération que J'ai pour le nom de M. le maréchal de Belle-Isle, de rendre tous les petits devoirs qui dépendroient de moi à M. votre fils, mais en ceci je me trouve même prévenu par de plus grands que moi qui m'envient le plaisir de lui être utile. Je le ressens d'autant plus que ce n'est plus par le même motif que je suis porté à présent à lui offrir mes services ; ce n'est plus pour témoigner ma considération pour M. le maréchal, c'est son propre mérite qui m'y engage. Qu'il possède la politesse fran- ■çoise, la finesse espagnole et la franchise allemande, il n'y a rien à dire, il tient à ces trois pays (2), ainsi il est en droit de s'emparer de leurs bonnes qualités; mais (ju'il veuille aussi nous enlever notre simple bon sens
(1) 18 mars ITSi [3396, n° 4l3j.
(2) Le compliment du maréchal Keith est ici bien cherché et tiré de loin ; parce que le maréchal de Bellc-Isle était chevalier de la Toison-d'Or de par le roi d'Espagne et prince du Saint-Empire de par l'empereur d'Allemagne, on ne voit pas comment ces faveurs auraient donné à son fils la finesse espagnole et la franchise allemande; mais il ne faut pas chicaner lexcellenl maréchal ; son intention était la plus aimable du monde.