‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 64 sur 277 · ENTRETIEN DE FRÉDÉRIC II · texte numérisé non relu

ENTRETIEN DE FRÉDÉRIC II

voir, en attendant, un régiment de garnison qui faisait la manœuvre. Le jeune homme saisit l'occasion pour demander au roi la faveur de le suivre au camp de Neisse et dans les différentes places qu'il comptait visiter ensuite ; il lui dit à ce propos qu'il avait entendu les Autrichiens parler avec regret de Schweidnitz comme d'une place qui achevait de masquer les débouchés de laSilésie. « On a encore voulu vous tromper, mon cher, reprit le roi ; car le maréchal de Neipperg, je le sais de science certaine, a dit plus d'une fois qu'il n'y avoit rien de plus heureux pour eux que ce nombre de places que je fortifiois, parce que cela demanderoit de nombreuses garnisons qui me rendroient faible en campagne. »

Là-dessus le roi laissa le comte de Gisors en le priant de faire, avec M. de Buddenbrook, la revue exacte du régiment de garnison, de sorte qu'il pût lui en dire son sentiment avec connaissance de cause et par comparaison avec les troupes autrichiennes. En effet, M. de Gisors étant retourné au château, Frédéric le prit à part avant le dîner et se fit rendre compte par lui de l'examen qu'il venait de faire ; il parut satisfait du résultat qui n'était pas défavorable à ses troupes. Puis le roi se mit à table ; pendant tout le dîner, il ne parla qu'au comte de Gisors, ne cessant de l'interroger sur les détails du camp de Kolin. Le jeune homme était quelquefois embarrassé de répondre, parce qu'il y avait à la table royale un comte de Schafgotz, député des États de Bohème et propriétaire en Silésie, moitié Autrichien et moitié Prussien par situation et par force, car de quatre fils qu'il avait, Frédéric avait exigé qu'il lui en donnât deux pour être élevés en Silésie et à son service.

Le père avait longtemps résisté ; mais Frédéric ayant fait saisir ses biens, il avait bien fallu se rendre et amener les victimes. «Le roi, dit M. de Gisors, a choisi ceux que j'avais deviné et renvoyé avec le père l'aîné, qui a l'air stupide, et l'avant-dernier, qui a une mauvaise santé. » Au fond, M. de Schafgotz était donc infiniment plus Autrichien que Prussien; à la fin du repas, il vint au comte de Gisors et l'embrassa, enchanté de la façon dont il avait parlé de sa maîtresse. C'était le mieux du monde, puisque déjà M. de Gisors avait lu dans les yeux du roi qu'il était content de ses réponses.

En sortant du dîner royal, le jeune Français était allé faire visite à l'évèque de Breslau dans une maison de campagne qu'il avait assez loin de la ville. Vers cinq heures du soir on vint l'avertir que le roi le faisait chercher ; il se hâta de retourner au château ; à peine arrivé on le fit entrer dans la chambre de Frédéric qui reprit immédiatement la conversation du matin. « Je n'ai guère eu le temps de vous parler, lui dit-il, et je suis bien aise de causer avec vous d'abord de ces canons sur l'importance desquels je ne puis assez insister, m'intéressant autant que je le fais à ce qui peut être avantageux à la France. Si on veut envoyer ici un officier d'artillerie, je me charge moi-même de lui montrer les dimensions et les manœuvres de mes pièces. » Puis il revint encore une fois sur le camp de Kolin.

M. de Gisors lui avait apporté les ordres originaux du maréchal de Broun ; il y trouva des mouvements compliqués qui lui déplurent et il dit « qu'il n'y avoit de bon à la guerre que ce qui étoit le plus simple, que de marcher en avant bien aligné avec une bonne contenance était ce qui faisoit gagner les batailles, que ce feu prus-

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