‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 66 sur 277 · LEÇON DE FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

LEÇON DE FRÉDÉRIC

si le maréchal de Neipperg avait eu raison d'observer que le roi de Prusse ne s'était jamais abandonné à la poursuite de l'ennemi battu, par égard pour le bon ordre de ses troupes dont il aurait craint par-dessus tout de déranger l'ensemble. « Mon cher, répondit le roi, le maréchal méfait beaucoup d'honneur; je ne m'éloigne pas du système qu'il me suppose, mais la vraie raison pour laquelle je n'ai pas suivi les ennemis, c'est que je ne me suis jamais trouvé des provisions assez abondantes pour marcher en avant. D'ailleurs la première bataille que j'ai donnée est celle de Molhvitz(l). Ilrégnoit dans nos troupes beaucoup de volonté, un grand fonds de discipline, mais peu avoient fait la guerre. J'étois absolument novice, et le maréchal de Schwerin, le seul en état de me bien guider, étoit alors brouillé [avec moi] ; sans lui j'étois perdu; lui seul a réparé les fautes et gagné la bataille. Nous étions cette fois trop heureux de n'être pas battus pour pousser au delà notre ambition. A Czaslau, je suivis, autant que je pus, les ennemis avec mon infanterie, sans vouloir la débander. A la vérité, si ma cavalerie n'eût pas été dans le désordre que je vous ai dépeint tantôt, je l'eusse poussée en avant, mais les têtes n'étoient pas assez rassises pour leur confier une pareille besogne.

« Il faut, monsieur, que je joigne toujours l'esprit de conservation à celui de conquête et que je ne hasarde jamais rien, n'étant pas, comme la France, en état de supporter de grandes pertes. Des places fortes en Flandre, le Rhin du côté de l'Alsace, les Alpes d'un autre, enfin les ressources infinies que fournit l'intérieur

(1) Le 10 avril 1741.

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d'un État aussi puissant lui permettent de perdre des batailles et de courir des risques; il n'en est pas de même de moi. »

Revenant ensuite à l'impératrice : « Il faut qu'elle soit bien singulière, cette femme-là ; qu'elle tienne plus de l'homme que de la femme. A-t-elle l'air fort affairé?»

— « Sire, elle travaille du matin au soir, et il n'est pas douteux que si elle étoit également bien secondée par ses ministres, elle ne fit de très-grandes choses avec la volonté qu'elle a. La façon dont elle s'est conduite dans la dernière guerre prouve son courage et sa fermeté. Quant à ce que j'ai remarqué en elle, c'est la politesse la plus grande envers tout le monde ; elle m'a paru ne négliger aucune des grâces de son sexe pour enchanter ceux qui lui font la cour. C'est étonnant comme son visage se pare en parlant, et à quel point elle possède le talent de dire des choses obligeantes aux personnes pour lesquelles elle en pense le moins. Au reste elle a besoin de tous ses charmes pour adoucir l'impression que fait sur la noblesse la quantité d'impôts auxquels elle est assujettie, payant au moins le septième de son revenu. Sire, il est impossible que l'impératrice tire plus d'argent de ses États qu'elle n'en tire à présent. »

— « Non, dit le roi, c'est certain ; mais la banque? » — « Une banque, reprit M. de Gisors, où il est ordonné d'apporter des fonds, comme par exemple aux communautés religieuses et aux tuteurs ceux de leurs mineurs, n'a pas grand crédit. Le remboursement de l'hypothèque qu'ont les Anglois et les HoUandois sur les mines de Hongrie sera une meilleure ressource. Les Autrichiens tâchent aussi tant qu'ils peuvent de faire fleurir leur commerce, d'établir des manufactures; celle de

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