OBSERVATIONS DE FRÉDÉRIC
glaces a déjà assez de succès; celle de damas commence, et celle de porcelaine aussi, moyennant la prohibition de celle de Saxe. L'empereur les soutient de ses propres fonds. » — <( Oui, je sais cela, reprit Frédéric ; c'est le plus grand juif de ses États; il fait valoir son argent tant qu'il peut. Mais laissons cela et faisons un petit calcul. D'après tout ce que vous venez de me dire, l'impératrice ne pourra pas faire la guerre sans de gros subsides de l'Angleterre; la Russie demande au moins quatre millions pour son compte; joint à cela ceux des Hanovriens, des Saxons et des Bavarois. Il est impossible que l'Angleterre fournisse à toute cette dépense plus d'un ou deux ans, vu l'état de ses dettes actuelles. Voilà qui doit nous rassurer, mon cher ; allez, nous ne serons pas plus mal dans nos affaires, si la guerre vient. »
Frédéric remercia son jeune interlocuteur, l'invita encore à dîner pour le lendemain, et, comme il se retirait, le rappela pour lui dire que s'il était curieux de voir Brieg et Rosel, le maréchal de Schwerin l'y mènerait dans son carrosse. Le lendemain matin, à dix heures, le comte de Gisors se rendit à la cour avec le chevalier de Keralio : « Ah ! dit le roi en les voyant, voici le major aussi arrivé. » Et après un moment de conversation avec le chevalier : « Ce n'est pas le lieu de vous rendre le papier que vous avez bien voulu me prêter (1), dit-il à part au comte de Gisors; après la parade, entrez dans ma chambre, je vous le remettrai sans que personne en voie rien. » Ainsi fut fait. 11 y avait à la cour plusieurs nobles silésiens qui n'étaient
(1) Sans doute le journal du camp de Kolin.