FRÉDÉRIC II ET LE COMTE DE GISORS
point officiers; Frédéric ne leur fit qu'un assez froid accueil; il affectait portout de marquer avec soin sa préférence pour le militaire. Le dîner fut moins intéressant que celui de la veille; dans un singulier accès de gaieté, le roi se mit à lancer quelques plaisanteries sur le pape, quoique Tévèque de Breslau se trouvât présent. Il est vrai qu'au témoignage du comte de Gisors, cet évê([iie était « l'homme le plus indécent de son diocèse ». Au second service, Frédéric donna congé au maréchal de Schwerin et au comte de Gisors qui devaient prendre les devants, le maréchal ayant le projet de faire voir à son jeune compagnon, avant d'arriver à Brieg, le champ de bataille de Mollwitz.
A Brieg s'arrête brusquement la narration du comte de Gisors (1). La suite, comme tant d'autres notes du jeune voyageur, est sans doute à jamais perdue ; perte énorme, si l'on en juge par le fragment d'où est sorti le récit qu'on vient de lire. Tel quel, ce fragment est comme ces illustres débris de l'antiquité, comme ce torse héroïque sur lequel Michel-Ange presque aveugle aimait à promener ses mains tremblantes, parce que dans ce reste mutilé d'un chef-d'œuvre, plus que dans tant d'autres statues respectées par le temps, il sentait, il reconnaissait l'art sublime, le génie de la sculpture antique. Ici, c'est le groupe d'un roi guerrier, couronné parla victoire, et d'un jeune homme, d'un éphèbe en quelque sorte; celui-ci n'a rien qui le distingue et ce n'est pas lui qu'on regarde d'abord ; mais bientôt,
(t) La minute de cette narration, écrite en (grande partie do la main même du comte de Gisors, se trouve à la fin du t. 34}6, n° 227* Elle a été textuellement reproduite, mais sous une date tout à fait inexacte, dans le Mémorial du Dépôt de la Guerre, t. IV, p. 399.