‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 7 sur 277 · COMMENCEMENT DE SA FORTUNE · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT DE SA FORTUNE

1703, et à Hochstett en 1704, colonel de dragons en 1705, il reçut, à la défense de Lille, en 1708, un coup de feu qui, selon son expression, lui fêla la poitrine de manière à lui rappeler sensiblement, jusqu'à la fin de sa vie, cette défense mémorable. Sa conduite et sa blessure lui valurent le grade de brigadier. L'année suivante, il apprit que le marquis d'Hautefeuille, mestre de camp général des dragons, voulait se retirer. La charge dont le marquis cherchait à se défaire était bien séduisante, mais elle était bien grande aussi, bien chère, car elle ne valait pas moins de cent mille écus, et encore plus difficile à obtenir qu'à acquérir, car il y fallait avant tout Tagrément du roi. La duchesse de Lévis, vive et ardente, et qui, au témoignage du duc de Saint-Simon, « se seroit mise au feu pour son cousin de Belle-Isie, » était en grand crédit auprès de madame de Maintenon. Souvent elle lui avait parlé du pelit-fds de Fouquet, et le duc de Luynes affirme que la discrète compagne de Louis XIV n'avait pas oublié la pension de douze cents livres dont M. Scarron avait été jadis gratifié par le surintendant (1) ; cependant, de peur de se compromettre, madame de Maintenon n'avait jamais voulu se faire présenter M. de Belle-Isle. Vivement pressée par la duchesse, au sujet de la charge que convoitait son cousin, elle dit à Madame de Lévis de le lui faire voir, mais non pas chez elle. M. de Beile- Isle se trouva donc un jour, comme par hasard, sur son passage; elle le regarda aussi comme par hasard,

(1) Mémoires du duc de Luynes, t. XVI, p. 297. Ces Mémoires renferment un grand nombre de détails curieux sur le maréchal de Beile-Isle et que le duc de Luynes tenait du maréchal même, son ami.

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ne lui parla point et conùiina de mar^ker; mais lorsque Ghamillart, ministre de la guerre, vint à présenter au roi, parmi les papiers de son travail, la liste des candi datsà la charge de M, d'Hautefeuille, le roi lui demanda pourquoi il n'y avait pas mis le comte de Belle-Isle. Il est vrai que Ghamillart n'avait pas osé l'y mettre et qu'il fut tout étourdi de la question. Ainsi protégé par Louis XIV, grâce à madame deMaintenon, le petit-fils de Fouquet l'emporta sur tous ses concurrents, et l'un des premiers commis de Ghamillart lui-même, M. de Pléneuf, l'aida par un prêt de cinquante mille écus à s'acquitter envers le marquis d'Hautefeuille. Ge fut l'un des derniers actes du ministère de Ghamillart ; car les provisions du comte de Belle-Isle, datées du o juillet 1709, lui furent délivrées par Voysin, depuis plus de quinze jours déjà ministre de la guerre.

Deux ans après, en 1711, M. de Belle-Isle épousa mademoiselle de Durfort de Civrac, de la maison de Doras. Trois lignes du duc de Saint-Simon suffiront pour faire apprécier ce mariage. « Elle étoit riche, extrêmement laide, encore plus folle. Elle s'en entêta et ne le rendit pas heureux ni père. Son bonheur l'en délivra quelques années après (1). » Gette exception faite, il est certain que le comte de Belle-Isle avait du bonheur. L'année 1718 lui fut particulièrement favorable; il y obtint le grade de maréchal de camp eft augmenta considérablement sa fortune. De la conrisc.ation de Belle-Isle faite en 1661, le roi n'avait repris et gardé que les droits de souverain seigneur ; le domaine utile avait été adjugé à madame Fouquet, femme du

(1) Mémoires de Saint-Simon. Édition de 1829, t. IX, p. 367.

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