‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 8 sur 277 · ECHANGE DE BEIXE-ISLE · texte numérisé non relu

ECHANGE DE BEIXE-ISLE

surinteiulant, pour ses reprises. Le comte de Belle-Isle fit si bien qu'il persuada au Régent et au cardinal Dubois qu'en cas de guerre maritime, Belle-lsle devant nécessairement être un objet de convoitise pour l'ennemi, l'intérêt public exigeait que la défense en fût aussi complète que possible, sans être gênée par aucune considération particulière; de là l'idée d'un écbange entre le propriétaire du sol et le roi. Par toutes sortes de qualités éminentes et séduisantes, M. de Belle-Isle avait déjà conquis une telle foule de partisans qu'il aurait pu, disait quelque homme d'esprit, f;iire une religion s'il avait voulu s'en donner la peine (1), Le Régent et le cardinal Dubois l'appuyèrent ; M. le Duc lui-même, son futur persécuteur, lui fut alors tout favorable, et, le 30 décembre 1718, le Parlement de Paris enregistra l'acte par lequel Belle-Isle était échangée contre de grands et riches domaines en Normandie, autour de Vernon et de Gisors, sans compter quelques terres de surplus en Languedoc (2).

Cependant, de 1723 à 1726, la fortune parut se retourner contre l'heureux comte de Belle-Isle. La marquise de Prie, maîtresse de M. le Duc, était fille de madame de Pléneuf. Celle-ci, belle et galante, avait eu beaucoup d'amants et les avait tous gardes pour amis. Malheureusement madame de Pléneuf n'avait pas su garder l'amitié de sa fille qui, par jalousie et par rivalité, devint au contraire son ennemie la plus cruelle. Parmi les plus fidèles amis de sa mère elle choisit pour victimes deux des plus considérables, le comte de Belle-

(1) Mémoires du président llénault, p. 262.

(2) Journal de Dangeau, t. XVII, p. 386-i46.— Mémoires dp Saint- Simon, 1829, t. XIII, p. 261 et suivantes.

8 PERSi^CUTION DU COMTE DE BELLE-ISLE

Isle et M. Leblanc, ministre de la guerre ; elle commença par les perdre dans l'esprit étroit et crédule de M. le Duc, puis elle le décliaîna contre eux. Ils avaient compté sur le cardinal Dubois qui, peu soucieux d'affronter la colère du prince, s'empressa de les lui abandonner. M. le Duc devint tout à coup premier ministre ; on les jugea perdus. Ils furent arrêtés et traduits en justice sous les imputations les plus odieuses : concussion, faux, détournement de deniers, et pour comble d'horreur, assassinat. Madame de Prie s'était laissé égarer par la passion ; en voulant prendre aux accusés tout à la fois leur honneur et leur tête, elle avait cru que la toute-puissance de M. le Duc y suffirait toute seule. Le Parlement et la Chambre de l'Arsenal ne furent point de cet avis ; les juges réclamèrent des preuves qu'on fut bien empêché de leur fournir, car tout était faux et controuvé dans l'accusation. Le procès finit à la confusion de madame de Prie et à la grande joie des honnêtes gens ; mais M. le Duc ne se tint pas pour absolument battu, et ceux qu'il n'avait pas pu faire pendre, il les retint à la Bastille ou les envoya en exil. Le temps vint oîi l'évêque de Fréjus, bientôt après cardinal de Fleury, l'y envoya lui-même. Ce fut le triomphe des persécutés : M. Leblanc redevint ministre de la guerre, et le comte de Belle-Isle, pris tout à fait en gré par le cardinal, reçut de lui, comme premier dédommagement de ses peines, le commandement des Trois- Évéchés.

Tout lui souriait de nouveau. La première et peu regrettable comtesse de Belle-Isle était morte ; le comte se remaria, le 4o octobre 1729, à Marie-Casimire-Thérèse-Gencviève-Emmanuelie de Béthune, veuve elle-

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