‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 70 sur 277 · SUR LES VOYAGES DU NORD · texte numérisé non relu

SUR LES VOYAGES DU NORD

je nie borne à vous supplier, monsieur le maréchal, de m'honorer toujours de votre estime et de votre amitiéfl).» Presque en même temps, le chargé des affaires du roi en Saxe (2) écrivait de Dresde au maréchal : « J'ai fort exhorté M. le comte de Gisors à pousser son voyage du Nord jusqu'à Varsovie. Une diète polonoise a quelque chose d'assez singulier pour mériter qu'un voyageur se donne la peine de faire cinquante milles pour être au fait d'un gouvernement qu'on ne peut se représenter sans l'avoir vu (3) » Le jeune comte avait grande envie de faire cette pointe en Pologne et même ces voyages du Nord, c'est-à-dire en Suède et en Danemark, dont lui parlait son beau-père. Pour ceux-ci, le maréchal de Belle-Isle hésita d'abord, parce que l'hiver approchait et qu'il craignait d'envoyer son fils dans les plus froides régions de l'Europe en affronter les plus grandes rigueurs. Le duc de Nivernais avait autant de lettres que le docteur Maty : « Quelque chose qui arrive, répondait-il aux objections du maréchal, je dirai comme Pope, que cela est bien. Si notre enfant ne va pas dans le Nord, je le reverrai plus tôt et j'en serai enchanté pour moi ; s'il y va, je le reverrai plus tard, mais plus instruit, et j'en serai très-aise pour lui. Ainsi je ne puis tomber que sur mes pieds et m'en remettre à la providence de Dieu, à la vôtre et à celle de madame la maréchale (4). »

(1) [3396, no 4i0.]

(2) C"était le comte de Broglie qui était ambassadeur de France auprès du roi de Pologne, Électeur de Saxe ; mais (juand il était à Varsovie, un de ses secrétaires restait chargé des affaires diplomatiques à Dresde.

(3) Fonlenay à Belle-Isle, 21 juillet [3396, no -434].

(4) 30 juillet [3396, no 444].

lit) VOYAGE ES POLOGNE

En attendant une décision sur le Nord, M. de Belle- Isle avait autorisé le voyage en Pologne. Le comte de Briïhl, le ministre saxon et le principal conseiller du roi Auguste, avait envoyé sur la frontière une petite escorte de hulans au-devant du comte de Gisors (1). Celui-ci arriva le ^21 septembre à Varsovie et fut dès le lendemain présenté par le comte de Broglie, ambassadeur de France, au roi et à la reine de Pologne qui le retinrent, la présentation faite, pour dîner à leur table. Quelques jours après, il recevait du prince royal de Prusse(2) une lettre datée de son château d'Orangebourg, et qui, en dépit de son français défectueux, vaut la peine d'être remarquée : « Vous voyagez comme l'abeille qui tâche à tirer le suc de toutes les fleurs, car jusque chez les Sarmates vous cherchez de quoi augmenter vos connoissances. En attendant, mon cher comte, je vous applaudis du fond de mes sombres allées où les relations des pays que vous parcourez et l'histoire des nations, dont vous apprenez à connoîlre les hommes qui les gouvernent, font l'unique consolation de me voir ainsi enchaîné dans ma patrie. Soyez persuadé que votre souvenir m'est et me sera toujours cher et que, par conséquent, je recevrai toujours vos lettres avec plaisir. Je crois que vous n'aurez point de manœuvres militaires en Pologne, mais que l'ordre que vous verrez établi à la diète vous donnera une idée juste de ce gouvernement républicain où l'état militaire n'est pas formidable, puisque la discipline qui en fait l'âme est trop relâchée par les lois. Je vous souhaite un heureux voyage

(1) Comte de Briihl à Gisors, 19 août 17ai [3396, n° 4o61.

(2) Guillaume-Auguste, frère de Frédéric II.

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