‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 72 sur 277 · TÉMOIGNAGE DU CO.MTF, DE BROG LIE · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGE DU CO.MTF, DE BROG LIE

Nous ne connaissons que la date de son arrivée, celle de son-"départ, et l'impression qu'il laissait de lui-même à la cour de Pologne. C'était le comte de Broglie qui en rendait témoignage dans une dépêche adressée, le 47 octobre, à "^l. Rouillé, successeur du marquis de Saint-Gontest aux affaires étrangères. « M. le comte de Gisors part demain pour aller en Suède. Je lui dois la justice de dire (fu'il s'est acquis ici une estime et une approbation générales. Il joint à toutes les qualités aimables, qui ne se trouvent même pas dans toutes les personnes de son âge, toute la prudence possible et l3eaucoup plus de connoissances qu'on ne seroit en droit d'en attendre de quelqu'un qui auroit déjà une longue expérience. Il seroit fortjieureux pour la nation françoise qu'il y eût beaucoup de personnes qui lui ressemblassent et qui eussent le même goût pour les voyages; cela donneroit très-bonne opinion de nous dans les pays étrangers (1). » D'unjuge tel que le comte de Broglie, l'éloge n'est point banal ; on ne saurait en apprécier trop haut la valeur.

Le maréchal de Belle-lsle avait fini par consentir aux voyages du Nord. Parti de Varsovie le 18 octobre 4 7o4, le comte de Gisors était à Breslau le 21, et le 31 à Stralsund, où il s'embarqua pour la Suède le 5 novembre. Le chevalier de La Touche lui avait fait une peinture terrible des difficultés qu'il aurait à vaincre pour arriver à Stockholm. La mer, même au mois de novembre, n'était rien au prix de la traversée des montagnes suédoises : une succession ininterrompue d'escarpements et de précipices, de petits garçons sans force pour re-

(i) Extrait comnuiniiiiK' par les Archives des Affaires élranpères.

LE COMTE DE GISORS A STOCKHOLM llo

tenir des chevaux sans iiariiais, des imites sans lit, des cabarets sans vivres, voilà relTrayaiite es((uisse de M. de La Touche (i). Cependant depuis Stralsund le voyage en tout ne dura que dix jours. M. de Gisors arriva le lo novembre;! Stockholm ; il y trouva chez l'ambassadeur de France, le marquis d'Havrincour (2), un accueil dont l'empressement passa tout de suite au dévouement le plus passionné. Les sceptiques prétendaient que Tam- Lassadeur, possédé surtout de la passion du cordon bleu, était bien aise d"y intéresser le maréchal de Belle- Isle. Sans contester absolument l'opinion des sceptiques, on ne peut douter cependant (|ue l'atTection du mar((uis d'Havrincour pour le comte de Gisors n'ait été également sincère et vive. Le 21 novembre, le jeune voyageur fut présenté par lui au roi et à la reine de Suède. Sœur de Frédéric II, du prince Guillaume, du prince Henri et du prince Ferdinand de Prusse, la reine Louise-Ulrique avait déjà trouvé, dans les lettres de sa famille, plus d'un portrait du comte de Gisors. Les peintres étaient différents, mais la physionomie du modèle était rendue par tous avec une égale ressemblance ; il n'eut donc ([u'à se montrer pour être aussitôt reconnu. A Berlin, il avait pu librement déployer toutes ses qualités aimables; à Vienne, il avait dû s'observer davantage; à Stockholm, il fallut qu'il se montrât en même temps très aimable et très réservé. H y avait dans le gouvernement de la Suède, entre l'aristocratie et le pouvoir royal, des luttes intestines auxquelles la politique française n'était point étrangère.

(1) La Touche à Gisors, 2o octobre t7:i4 [3296, n" i73].

(2) Nous (écrivons ce nom sans t, d'après la correspondance même de M. d'Havrincour.

Page 1