LA GÉNÉROSITÉ FRANÇAISE
avons, sans vouloir acquérirdenouvellespossessions(l).» De cette leçon hautaine, d'un calme dédaigneux jusqu'à toucher Timperlinence, rapprochons les sentiments que rencontrait dans Tàme du comte de Gisors la première nouvelle d'une insulte faite à son pays. On venait d'apprendre la surprise et la capture, sans déclaration ni provocation, de deux vaisseaux de guerre français dans l'Atlantique par l'escadre de l'amiral Boscawen (2), « Vous ne sauriez croire, écrivait M. de Gisors au docteur Maty, combien je songe souvent à ces conversations où, après m'avoir fait sentir la force de votre langue, vous vouliez bien remonter avec moi jusqu'à la source d'où elle découle et au génie de cette nation respectable aux yeux de tout le monde et encore chère aux miens, malgré ses procédés envers ma patrie. Je sens que pour la haïr, je manque de la vertu qui n'appartient qu'aux républiques, où l'offense générale blesse chaque particulier ; je n'ai que l'honneur qui exige une réparation et pardonne à celui qui reconnoit son tort (3). » Ainsi le comte de Gisors n'avait point de haine contre l'Angleterre, et si, après avoir fait injure à la France, elle consentait à reconnaître son tort, il était prêt à le lui pardonner, de même que si elle se refusait à toute satisfaction légitime, il était prêt à exiger d'elle une réparation par les armes. Chez le jeune gentilhomme français, le sentiment
(1) 8 juillet 1753 [3406, n" 351].
(2) Le 8 juin 1753. La première nouvelle de ce grave événement n'était arrivée que le 18 juillet à Compièime, où était la cour. — V. Mémoires du duc de Linjnes, t. XIV, p. 201 et 202.
(3) La minute de cette lettre, sans date, doit avoir été écrite vers la lin du mois de juillet 1755 [3406, n*» 384].