SECOND MARIAGE
même du marquis de Médavy-Grancey. Cette veuve charmante, douée des qualités les plus exquises, n'avait pas vingt et un ans ; M. de Belle-Isle en avait quarantecinq. Il ne pouvait supprimer cette grande distance entre son âge et celui de la comtesse ; mais il s'appliqua et il réussit à la lui faire oublier ; toutes les satisfactions que le légitime amour-propre d'une femme peut revendiquer dans le monde et, dans l'intimité, tout ce qu'elle peut souhaiter d'affection et de soins, elle eut tout de lui. On ne peut rien imaginer de plus tendre ni de moins affecté que le ton des lettres qu'il écrivait, dans les moments où il se trouvait séparé d'elle, « à son cher petit maître. » De tous ses frères, le comte de Belle- Isle n'en avait plus qu'un seul, de neuf ans moins âgé que lui. C'était un caractère tout différent du sien ; autant Je comte était ouvert, exj)ansif, attrayant, autant le chevalier de Belle-Isle était froid, concentré, réservé, peu sympathique au monde ; mais la plus complète union régnait entre les deux frères, et comme leurs caractères opposés se complétaient l'un par l'autre, leur intérêt confondu était merveilleusement servi par les rares facultés de leur intelligence, car pour la distinction de l'esprit, le chevalier de Belle-Isle n'était inférieur que parce qu'il voulait bien le paraître à son frère. Pour se dévouer à lui sans partage, il ne se maria pas. Le second mariage du comte fut pour le chevalier une épreuve ; l'influence d'une jeune femme aurait pu vouloir entrer en lutte avec la sienne et conquérir la domination. Il faut dire, à l'éloge de la comtesse de Belle-Isle, qu'elle n'y songea point ; elle reconnut et respecta l'autorité morale de son beau-frère ; elle laissa le premier personnage à son mari ; sans affectation ni hâte,