‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 82 sur 277 · RETOUR DU DUC DE ^NIVERNAIS · texte numérisé non relu

RETOUR DU DUC DE ^NIVERNAIS

de bontés et j'en serai toute ma vie reconnoissant(l). » Frédéric l'eût volontiers gardé à Berlin, et de Versailles on souhaitait qu'il y demeurât le plus longtemps possible; mais il était malade, mal satisfait de sa mission ; il demanda qu'elle prit fin, et s'il resta jusqu'aux premiers jours du mois d'avril à son poste, ce fut pour attendre l'arrivée du marquis de Valory, à qui l'on fit reprendre ses anciennes fonctions d'ambassadeur. On savait M. de Valory agréable au roi de Prusse qu'on tenait à ménager jusqu'au bout, d'autant plus qu'il affectait de dire que son traité avec TAngleterre n'était qu'un acte de pure précaution et dont la France n'avait pas de véritable souci à prendre. On voulait bien faire au moins semblant de le croire.

Le duc de Nivernais emportait pour son gendre les lettres les plus aimables surtout du prince royal et du prince Henri de Prusse (2). Le comte de Gisors était allé, au commencement du mois de mars, célébrer à Vernon le douloureux « anniversaire d'un jour qui, lui écrivait M. de Bernstorf, a enlevé au monde un de ses plus grands ornements et à nous celle qui étoit née pour faire les délices de notre vie... Je reconnois en vous, ajoutait ce fidèle ami de madame de Belle-Isle, l'héritier de la personne du monde que j'ai respectée et que j'ai admirée le plus (3). » En venant prier sur la tombe d'une mère dont les volontés ou les désirs avaient toujours servi de règle à sa conduite, le comte de Gisors était venu prendre des forces pour accomplir une grande

(1) [3469, no 18.]

(2) Guillaume de Prusse à Gisors, 28 mars. — Henri de Prusse à Gisors, 3 avril 1756 [3169, n»^ 30-33J.

(3) 30 mars 1756 [^69, n° 31].

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résolution depuis longtemps arrêtée dans son esprit, mais pour laquelle il n'avait pas obtenu sans difficulté le consentement de son père. Il voulait se faire inoculer. Sans la rupture avec l'Angleterre, il serait allé à Londres se confier pour cette délicate opération aux soins et h. l'amitié du docteur Maty. Il n'y avait guère que le duc d'Orléans qui l'eût encore subie en France. Elle fut faite à M. de Gisors, le o avril, par deux médecins anglais; elle réussit, et, quinze jours après, le patient entièrement rétabli reprenait le cours de ses occupations habituelles (1). « Je vous félicite avec transport, lui

(1) « La réflexion qui l'a emporté sur toutes les autres (pour le consentement du maréchal de Belle-Isle) a été lage et la santé de M. de Gisors ; un jeune homme de vinirt-quatre ans, aussi sage et aussi sensé, qui n'a point gâté son tempérament par les folies ordinaires à la jeunesse, et qui a même porté cette sagesse au delà de ce qui porte ce nom dans la jeunesse corrompue, est en état de se décider par lui-même et court moins de danger qu"un autre ; d'ailleurs, l'habileté du médecin et du chirurgien ([ui ont offert de s'enfermer avec lui étoit encore une nouvelle raison. M. le maréchal a consulté ses amis ; il a même pris la liberté d'en rendre compte au roi, et le roi a eu la bonté de lui dire que, s'il étoit à sa place, il laisseroit faire M. de Gisors. M. de Gisors, ayant obtenu le consentement de M. le maréchal, s'est préparé pendant huit ou dix jours ; il a loué une maison dans un faubourg ; il est allé s'y établir avec M. Kcrpatry et M. Ostie et(juel(iues personnes qui lui sont attachées. M. de Conflans, fils de M. d'Armentières, qui joint les grâces de la jeunesse à beaucoup d'esprit, et qui est ami de M. do Gisors, s'est enfermé avec . lui pour lui tenir compagnie. L'inoculation a été faite, le o avril, en deux endroits différents ; il s'est passé plusieurs jours sans aucun effet sensible; les petites plaies suppuroicnt et tous les symptômes étoient heureux, entre les(iucls on a remarqué un engourdissement sous les bras; enfin la fièvre, l'insomnie, l'agitation ont précédé l'éruption qui n'est arrivée (juc le sixième ou septième jour. M. de Gisors a été assez malade jus(iu'au moment de la suppuration, car dans ces petites véroles la sup|)uration est sans aucun danger ; la petite vérole a été assez abondante, mais de bonne (]ualité ; mais tout est fini présentement (19 avril 1756). » Mémoires du duc de Lmjnes, t. XV, p. ±[-'26.

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écrivait M. de Bernstorf, d'avoir surmonté, et je puis le dire, après la bénédiction divine, par un effet de votre courage et de votre sagesse, un aussi grand danger que l'est celui delà petite vérole prise naturellement, et je vous félicite d'avoir la satisfaction si douce pour un cœur comme le vôtre, d'avoir procuré cette tranquillité de plus à tous ceux qui vous aiment (1). » La crainte du mal horrible qu'il avait osé atïronter pour le prévenir était la seule qu'eût jamais ressentie le comte de Gisors; quant ii la guerre, il l'attendait de pied ferme; elle ne lui avait jamais causé d'inquiétude.

Le 16 mai 1756, Louis XV appela le maréchal deBelle- Isle à remplir, avec le titre de ministre d'État, la place que venait d'abandonner volontairement dans le conseil le maréchal de Noailles (2). Quinze jours auparavant, un traité d'alliance défensive avait été signé le 1^' mai, <à Versailles, entre la France et l'Autriche. L'accord du roi de Prusse avec le roi d'Angleterre, Electeur de Hanovre, n'avait pour objet avoué que d'empêcher toute puissance étrangère de faire entrer des troupes en Allemagne. L'accord du roi de France et de l'impératrice n'avait de même pour objet avoué qu'une garantie mutuelle de leurs possessions d'Europe, chacun des contractants promettant en cas de besoin, sauf la présente

(I) !"■• mai 1756. — Chavigny à Gisors, 2 mai. — Bernstorf à Belle-Isic, 4 mai [Mm, iv^ 36-37-39]. — D'Havrincoiir à Gisors, 8 juin [3119, n" 118].

(à) En l'ait d'honneurs et de distinctions, le duc de Luynes nons apprend dans ses Mémoires que la comtesse de Gisors fui pré. entée, le 21 mai 1736, à la cour, que M. Gisors iignra, comme iïouverneur du pays Messin, au lit de justice tenu, le 21 août, par le roi, qu'il eal,au mois de septembre, un logement à Versailles, et qu'au mois de mai 1757, les honneurs du Louvre lui furent accordés.

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