‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 84 sur 277 · FRÉDÉRIC BRUSQUE LA GUERRE · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC BRUSQUE LA GUERRE

alliances allemandes? On n'ignorait pas à Versailles qu'elle pressait avec plus de vivacité de jour en jour Frédéric II de mettre le feu aux poudres; mais Frédéric II continuait de protester de ses intentions pacifiques et l'on ne s'imaginait pas qu'il fût assez audacieux ou plutôt assez fou pour se jeter tête baissée dans une arène où il devait rencontrer les trois quarts de l'Europe contre lui. Quant à l'Autriche, elle se montrait d'une humeur modérée, point du tout agressive ; la Russie ne se souciait pas d'entrer en action davantage. Ne pouvait-on pas espérer dès lors que l'Angleterre en serait pour ses frais de subsides et pour ses espérances de tumulte européen ? Et si son duel avec la France pouvait être assez promptement terminé par cinquante raille Français jetés sur le sol de la Grande-Bretagne, les grands Étals de l'Europe n'y auraient donc assisté que comme des témoins armés, mais non pas comme des seconds mêlés de leur personne au combat.

Le vendredi 3 septembre 1756, le duc de Luynes écrivait dans son journal : « On dit que les troupes du roi de Prusse marchent ; on ne dit point où elles vont. » C'était en effet une surprise que Frédéric II ménageait à l'Europe. En quelques jours la Saxe était envahie, Dresde occupé, l'Électeur bloqué dans le camp de Pirna. L'Autriche invoquée par lui, réclama le concours de la France. La France n'hésita point. Dès le 8 septembre, les troupes qui devaient former le corps auxiliaire pro-

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mis par le traité de Versailles, reçurent l'ordre de s'assembler, partie à Metz, partie entre Schelestadt et Landau. Champagne, le régiment du comte de Gisors, tenait la tète des vingt-six bataillons destinés à passer en Allemagne. Toutefois ce grand zèle n'était que pour la montre ; non point que la France voulût éluder ses engagements, elle se proposait de les étendre au contraire, mais en les modifiant à sa guise.

Entré au conseil, le 16 mai 1756, quinze jours après la conclusion du traité de Versailles, le maréchal de Belle- Isle n'était point gêné pour en signaler les erreurs. A dire vrai, les ministres de la guerre et des affaires étrangères n'étaient pas beaucoup plus gênés que le maréchal de Belle-Isle, car ni le comte d'Argenson ni M. Rouillé ne pouvaient, en conscience, accepter la responsabilité d'une œuvre qu'ils n'avaient guère connue que faite, et dont le roi, la marquise de Pompadour et l'abbé de Bernis s'étaient d'abord réservé le secret. 11 ne fallut rien de moins que la brusque agression du roi de Prusse et ses brusques suites pour faire éclater aux yeux prévenus de ses auteurs les périls du traité de Versailles. L'invasion de la Saxe les avait troublés ; une bataille gagnée par le roi de Prusse sur le maréchal de Broun, qui marchait au secours des Saxons, les consterna (1). Ces vingt-quatre mille hommes qu'on s'était flatté de montrer seulement, de garder chez soi ou tout auprès, [dans les Pays-Bas par exemple, c'était en Moravie que l'impératrice vaincue les appelait. A cette distance, confondus dans la grande armée autrichienne, qu'y seraient-ils? Des auxiliaires ou des otages? Vingt-

(1) La bataille de Lo-\vositz, livrée le !*■' octobre lTb6.

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