‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 95 sur 277 · POUR SON RÉGIMENT · texte numérisé non relu

POUR SON RÉGIMENT

soir ils sont un fusil à la main. J'en ai mis aussi trois aux arrêts parce que leurs compagnies n'étoient pas bien tenues. Cela produit deux biens, celui qu'ils entreront dans le détail de leurs troupes, et puis celui que les capitaines, avertis par eux de certaines réparatioos à faire, ne les différeront pas, de crainte d'exposer leurs lieutenants à être punis. Voilà, mon cher père, de bien petites minuties auxquelles je crains que vous ne me soupçonniez de me livrer peut-être un peu trop ; mais il faut bien des ressorts pour suppléer au principal qui nous manque, celui de l'argent. Vis-à-vis de la misère des capitaines, il faut bien des ruses pour exiger d'eux le sacrifice de leur bourse en même temps que celui de leur corps (1). »

Neuss étant sur la route de Wesel, la foule des officiers généraux qui n'avaient pas marché avec les premières colonnes et qui devaient néanmoins se trouver au quartier général le 25 avril, s'abattait sur cette petite ville oïl d'ailleurs tout manquait en fait de ressources, si bien qu'il n'y avait que le comte de Gisors pour les héberger et les nourrir. « Je vois, mon cher fils, lui écrivait le maréchal de Belle-Isle, que vous êtes devenu l'aubergiste de Neuss et c'est très-bien fait. » M. de Gisors ne comptait plus les lieutenants généraux, les maréchaux de camp, les brigadiers, les officiers d'état-major qu'il avait ainsi défrayés, lorsqu'un beau soir, le 26 avril, au retour d'une visite qu'il venait de faire à Dusseldorf, il fut tout surpris de trouver à sa porte la berline du général en chef. C'était en effet le maréchal d'Estrées qui arrivait de Paris et qui lui demandait l'hospitalité. La

(I) Gisors à Bclle-Islo, fr mai [;li31].

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dépense d'ailleurs n'en fut pas considérable : une écuelle de lait fit tous les frais du souper, après (|uoi le maréchal, rompu de fatigue, se jeta sur un lit. Le lendemain, avant de partir pour Wesel, il voulut passer en revue le régiment de Champagne. Le comte de Gisors était ravi de son général. « Je l'ai remercié comme je le devois, écrivait-il à son père, de la bonté (ju'il a de me laisser le commandement de la brigade et de se prêter à ce que vous lui avez demandé pour que je fusse toujours à portée de M. de Chevert (4). » Beaucoup de généraux distingués par la naissance et par certains mérites s'étaient offerts au maréchal de Belle-lsle pour achever l'éducation militaire de M. de Gisors. Dire (jue Chevert, le héros de Prague, aimé, estimé, respecté des troupes, était le maître auprès de qui le maréchal de Belle-lsle avait souhaité que fût placé son fils j)our apprendre la grande guerre, c'est faire honneur à tous les trois.

Suivant les arrangements faits à Versailles, le prince de Soubise devait avoir le commandement d'un corps séparé; aussi lorsqu'il eut remis, le 27 avril, au maréchal d'Estrées le commandement en chef qu'il avait exercé en son absence, le maréchal s'occupa de lui former un corps de dix-huit bataillons et de vingt-quatre escadrons au([uel on donna assez mal à propos le nom de réserve de M. de Soubise. Loin d'être en réserve, ce corps était à l'avant-garde; il avait son (juartier général

U) Gisors à lîello-Islc, -Il avril [;i430].

KMliAURAS bl" MAIILCIIAL d'eSTHÉES 169

à ïlaruni et sa tôle :i Lippstadl où le comte «le Saint- Germain, placé immédiatement sous les ordres de M. de Sonhise, n'avait pas cessé de se tenir. Pendant sa courte visite à Neuss, le maréclial d'Esirées avait laissé entendre au comte de Gisors que l'occupation de Lippstadt lui semidait prématurée et hasardeuse. Y avait-il assez de troupes ensemble j)Our les pouvoir porter efficacement au secours de ce poste, si l'ennemi tentait de le reprendre? Et s'il était possible de réunir assez de troupes, y avait-il assez de subsistances pour les faire vivre? Ce problème préoccupait fort le maréclial d'Estrées, et le comte de Gisors n'était évidemment que l'écho du général en chef lors(|u'il écrivait à son père, le 29 avril : « Le défaut de subsistances qui se manifeste de plus en plus rendra, je crois, impossible toute opération d'ici aux premiers jours de juin, et fait encore plus gémir sur la quantité d'officiers généraux dont les équipages épuisent toutes les ressources qu'on pourroit tirer des pays qu'ils traversent. »

En évacuant Wesel, le roi de Prusse avait, infiniment plus qu'il ne se l'imaginait, dérangé les plans de la France et jeté le désarroi dans ses conseils. C'était Pàris-Duverney qui était le plus déconcerté par cette surprise, car c'était lui <(ui avait le plus compté sur la durée probable du siège de Wesel pour i)réparer à meilleur compte et plus à loisir les subsistances indispensables à la marche de l'armée entre le Rhin et le Weser. Aussi était-ce à lui que s'en prenaient surtout le maréchal d'Estrées et l'intendant (1), et derrière lui que le

(1) Liicc ;ï Duvcrucy, 10 mai 1757 : « Nous >oiiires lie i cloii^n^'s. monsieur, de l"('xrciilion (lii]!lan ([ue vous aviez jii£;c devoir

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