‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 98 sur 277 · IIESSEMIMEM DE DLVERNEY · texte numérisé non relu

IIESSEMIMEM DE DLVERNEY

milier rintendant en lui conseillant de prendre des leçons du munitionnaire de l'armée (i) qui était certainement un habile homme, mais cjui n'était point fait pour régenter un intendant; c'était renverser toute hiérarchie. « 11 a des lumières fort étendues, écrivait-il à M. de Lucé, de l'expérience, l'esprit juste, bon calculateur, de l'ordre et de l'arrangement dans la tète. Daignez le consulter, cela est beaucoup plus nécessaire que je ne saurois vous le dire, monsieur ; vos lumières sont supérieures aux siennes et j'en conviens ; mais je ne crois pas vous blesser en vous disant qu'il a plus d'expérience en matière de subsistances que vous n'en sauriez avoir. » A la forme près, c'était le même conseil qu'il donnait au maréchal d'Estrées : » Vous avez heureusement debons munitionuiiires qui feront plus que le possible, s'il est quelque chose au delà. » Pour son propre compte et quant au passé, il prenait avec une singulière assurance le maréchal à témoin qu'il n'avait rien négligé pour lui épargner tout embarras et toute inquiétude; mais quant à l'avenir, il se récusait avec la résignation d'un bonhomme à qui l'on ne dit plus rien des affaires et qui s'en retire volontiers, o J'ignore absolument ce qu'on veut faire, disait-il ; pour moi, je conviens de bonne foi que cette besogne-ci commence à être au-dessus de mes forces et, (|ui plus est, de mes lumières (2;. » Fausse humilité, fausse retraite. Le ressentiment qui fermentait dans son cœur était d'autant plus acre que cette parade de renoncement lui coûtait davantage.

(1) M. Marquet de Bourgade.

(:2) Duvernoy à dTsIrccs, -21 mai. l'a]'. ClemonI, IToT. I. I, u» o8.

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Pour commencer, Diiverney n'eût pas été fàclié de hrnniller le maréclial d'Eslrées avec le maréclial de Bellc-lsle; c'était toujours au sujet des subsistances qu'il essayait de les mettre aux prises. Dans les assemblées tenues chez le maréchal de Belle-Isle, deux systèmes avaient été contradictoirement discutés. Pour les fourraiçes, par exemple, valait-il mieux traiter avec des particuliers directement ou avec les populations par l'entremise de leurs magistrats? C'était ce dernier système, celui des impositions, ((ui avait prévalu sur celui des achats, parce (\n'o\\ avait pensé que les particuliers qui auraient rançonné l'intendant de l'armée n'oseraient pas. avec leurs propres magistrats, se commettre à des exigences abusives (I). En effet, le maréchal de Belle-Isle avait écrit dans ce sens et donné cette règle de conduite au maréchal d'Estrées. On avait donc essayé du système des impositions, mais il était bien loin de rendre ce qu'on s'en était promis. Le comte de GisoTs avait été témoin lui-même d'une violente sortie que le maréchal d'Eslrées avait été forcé de faire contre les députés de la régence de Munster qui, en dépit de tous les ordres donnés et réitérés, n'avaient encore rassemblé, le 6 mai, que quatre mille rations de fourrage au lieu de cent cinquante mille qu'ils s'étaient engagés à fournir. « J'ignore, écrivait le comte de Gisors, quelles ont été les mesures prises pour le succès des impositions, mais je sais très-certainement qu'elles n'ont jusqu'à présent rien produit, et qu'à moins d'user de violences qui leroient portera ces pays de justes plaintes, il n'y a rien à espérer de leur bonne volonté... M. le

(i) Duvcrnoy à Lucé, 20 avril. Pap, Clcrnionl, 1757, t. 1, n^ ii.

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