‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 116 sur 422 · LE COMTB DB CLERMONT · texte numérisé non relu

LE COMTB DB CLERMONT

nistre après le Régent, et du comte de Charolais, Louis de Bourbon était né en 1709. A huit ans, comme on avait décidé qu'il serait d'Église, quoi qu'il fût déjà colonel du régiment d'Enghien, il avait été pom*vu de bénéfices. Toute sa vie, il conserva ce double caractère ; mais entre les deux états, c'était vers le militaire qu'il se sentait attiré davantage. Dans les ordres, il n'alla jamais au delà du premier pas, et quand il reçut en 1737 la grande abbaye de Saint-Germain-des-Prés, il avait tout juste ce qu'il fallait pour la recevoir, c'est-àdire qu'il était clerc tonsuré. N'étant point sérieusement engagé dans les ordres, il aurait pu se marier s'il n'eût fallu d'abord renoncer à ses bénéfices. Il ne se maria donc point; mais du célibat comme de Tétat ecclésiastique il ne prit que le strict nécessaire; ses relations avec des filles d'Opéra n'étaient pas un secret pour le public '. Il aimait la guerre. Depuis le siège de Kehl, en 1733, où il servit sous le maréchal de Berwick, il ne manqua pas une campagne, et dans les dernières actions de la guerre pour la succession d'Autriche, il se distingua sous le maréchal de Saxe, principalement à Laufeld. Il avait beaucoup d'esprit et de verve familière, avec une pointe de trivial qui n'eût pas été de mise à l'Académie dont il était cependant, mais qui le faisait tenir pour bon compagnon parmi les gens de guerre. Les soldats l'aimaient pour sa bravoure, son entrain et sa belle humeur ; avec les officiers il était facile à vivre, doux et sans morgue, quoiqu'il sentit son rang. Au point de vue du métier, il était capable d'exécution ; Tétait-il autant de, diriger une grande affaire ? Il en était

1 . Voir, lur le comte de Qermont , M"* Camargo et li*i« Ledac de rOpéra, le Journal de Barbier, JuUlet 1787 et evrii 1742.

146 LE COMTB DE CLBSMOrfT

coDYaiocu, et lorsqu'il réclamait k commandement, c'était, DOD par droit de naissance , mais par droit de mérite. Q avait en lui-même une confiance parfaitement sincère et naive, car il était d'une rare franchise, et s'il paraissait fanfaron, c'était sans le vouloir ni le savoir. Dès que les premiers symptômes d'un conflit européen s'étaient montrés en 1755, il avait d^onandé au '•oi un grand commandement. Après le traité de Ver- : ailles en 1756, et surtout après l'agression du roi de Prusse, la guerre n'étant plus douteuse, il était revenu à la charge. Le 17 septembre, il avait remis au roi, à Choisy, im mémoire dans lequel il fondait, sur ses services passés, sa légitime prétention à jouer le premier rôle. « Le comte de Clermont, y disait-il, a fait neuf campagnes », et après Ténumération des affaires principales où il avait eu part, il ajoutait, avec une négligence admirable : « Le comte de Clermont ne rappelle pas les différentes petites actions particulières où il a été heureux ; sa modestie souffre même à avouer qu'il n'a encore jamais échoué à aucune des entreprises dont il a été chargé. Depuis la paix, le comte de Clermont n'a cessé de travailler à la théorie de la guerre... Le droit d'aînesse n'est pas un titre pour commander des armées — ceci était un trait contre le prince de Conti ; — ce sont les longs services, l'intelligence, les actions qui parlent seules en faveur d'un général... Il est constant qu'il n'est pas question dans le militaire et dans le public de mettre une armée sur pied que le bruit général ne soit que le comte de Clermont sera chargé du commandement'. »

1. Papiers de Clermont, 1767, L 1, uP 16. [Arch. du Dépôt de la Guerre,]

Page 1