‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 119 sur 422 · ET MADAME DE POMPADOUR · texte numérisé non relu

ET MADAME DE POMPADOUR

que VOUS m'avez dit à Fontainebleau et à Versailles, mais cela ne constatoit pas un parti absolument pris, et je vous avouerai que jamais je n'ai perdu espérance, parce que je n'ai jamais pu concevoir que le comte d'Estrées pût m'ôtre préféré; je vous avouerai même que je ne le crois pas encore et que j'espère que les

réflexions détourneront de ce projet Je ne puis vous

dissimuler, madame, que je vois cette préférence, si elle arrive , avec la plus grande humiliation et la plus grande douleur. Il est juste que je sois sensiblement affligé de voir qu'au bout de vingt-cinq ans d'étude de la guerre, qu'après un nombre d'actions glorieuses et utiles, qu'après le sacrifice de tout mon bien et de ma santé, je voie tout cela oublié , et que l'oubli en soit marqué par une préférence qui me prouve que l'on se servira toujours de gens sans talents plutôt que de

moi »

Le comte de Clermont avait l'excuse des plaideurs qui ont perdu leur procès ; mais il était excessivement injuste pour le maréchal d'Estrées auquel il reprochait presque, lui qui affectait de ne regarder qu'au mérite, de n'être pas d'assez grande naissance ; en effet, le maréchal n'était d'Estrées que par substitution de nom et d'armes; par lui-même il était de noblesse récente, mais illustre, car il était Le Tellier, petit-fils de Louvois. Jusqu'en 1739, il s'était appelé le marquis de Courtenvaux, et ce ne fut qu'après la mort du dernier maréchal d'Estrées, son oncle maternel, qu'il obtint de Louis XV la permission de relever le nom que portait sa mère et qui, faute d'héritier direct, allait disparaître de la cour et de l'armée, pour n'être plus dans l'histoire qu'un glorieux souvenir. Le comte d'Estrées était un

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hoDDéte homme, et quoiqu'il fût no des familiers de Louis XV, il avait le mérite, rare paimi les couriisuis, de ne rien déguiser de ce qull arait dans le cceor on dans Tesprit. « Je sois accoutumé, disait )e roi, i l'entendre me dire tout ce qu'il pense', i» Depuis si première campagne en 1719, le comte d'Estrées s'^ak acquis la réputation d'un officier appliqué, ferme éL Tigilant. Dans les dernières guerres, sons parler des grandes batailles où il s'était conduit avec honneur, il avait presque toujours commandé des corps d'obacp- ▼ation chargés de couvrir les principales armées et les grands sièges. En i7o6, il commandait sous les ordres du maréchal de Belle-Isie les troupes des côtes de Normandie, lorsqu'il avait été nommé pour celte mission de Vienne qui lui valut le bâton de maréchal et le coi»mandement de la grande armée du bas Rhin. Il avflôt alors soixante-deux ans.

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Arrivé à Versailles le 18 mars 1757, et déclaré général en chef, il lui fallut traiter avec le roi, avec madame de Pompadour, avec les ministres, de sa mission récente et de sa mission prochaine. Ce n'était point ^hose facile de se reconnaître dans ce gouvernement ni de savoir précisément à qui on avait affaire. En effet les titres étaient souvent d'un côté, les fonctions d'un autre. Ainsi il y avait un ministre des affaires étrangères, SI. Houille ; mais ce n'était pas lui qui avait le

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