FRAYEUR DE L'ELECTEUR DE COLOGNE
Allemagne et qui était ministre d'État. Aussi le jeune colonel reçut- il le plus gracieux accueil. « Pendant tout le dîner, écriyait-il à son père, l'Électeur n'a cessé de me parler de vous et ne changeoit de conversation que pour en revenir à la frayeur qu'il avoit que les Hessois n'entrassent dans son duché de Westphalie. M. de Monteil n'a rien négligé pour le rassurer, en lui représentant que les Hessois, bien éloignés de former des entreprises sur les pays voisins, étoient hors d'état de défendre le leur * . »
L'Électeur n'avait pas tout à fait tort d'être inquiet , car le roi de Prusse avait déjà donné des preuves qu'il ne ménagerait guère ceux qui s'étaient déclarés contre lui ; un détachement de la garnison de Wesel venait de faire un exemple sur le comté de Rittberg, qui avait été dévasté parce qu'il appartenait au comte de Kaunitz. Enfin il était certain que Frédéric II n'avait pas permis à son allié le roi George de séparer l'Électeur de Hanovre du roi d'Angleterre, ni par conséquent de rester neutre sur le continent, afin de garer son Électorat des représailles dont il était menacé par la France pour ses attaques en Amérique et sur mer. La distinction était trop subtile pour Frédéric II, et il n'était pas homme à découvrir volontiers son flanc droit pour le bon plaisir d'un allié. On savait que les Hanovriens commençaient à s'assembler sur le Weser ; c'était pour les surveiller et pour contenir en môme temps les Hessois que le prince de Soubise avait pris le parti d'envoyer six bataillons à Munster et un détachement encore plus
1. MonUil à GIm», 12 avril. — GiBors à Belle-Isie, 13 et 17 arril [3430].
LE COMTE DE QISOBS A NEDSS. 165
considérable h Lippstadt, afin d'en débusquer l'ancienne garnison de Wescl. A l'approche des Français, elle se retira ; le 2;i ami, le comte de Saint-Germain entra dans Lippstadt et s'y établit fortement; il avait avec lui dix bataillons, quatre eseadions et six pièces de campagne; huit bataillons et deux escadrons, échelonnés le long de la Lippe, maintenaient les communications entre Lippstadt et Wesel.
Le régiment de Champagne, cantonné sur le Rhin, avait ses logements moitié à Neuss , moitié à Dusseldorf. A peine arrivé h Neuss, le comte de Gisors s'était vu charger dune mission désagréable. Il y avait dans les prisons de Dusscldorf un Italien qui était réclamé par les généraux français, parce qu'il était fortement soupçonné d'espionnageponr le compte des Hanovricns, mais dont les magistrats allemands refusaient de se dessaisir. Enlevé par un tour hardi des officiers de Champagne, le misérable fut au plus vite expédié sur Wesel au quartier général, « car pour moi, écrivait M. de Gisors à son père, j'ai trop de pitié et d'humanité pour me charger de conduire par mes questions un homme à la potence, et j'aime mieux aller, bon jeu bon argent, tirer franchement des coups de fusil contre les Prussiens '. »
En attendant cette meilleure chance, il s'y préparait de tout son pouvoir. Il s'appliquait à enraciner jusqu'au fond dans l'esprit de son régiment le respect raisonné de l'ordre et de la discipline, afin de n'avoir plus à songer qu'aux grands objets de la guerre et d'être tout entier aux leçons que les maîtres voudraient bien