POUR SON RÉGIMENT
matin au soir ils sont un fusil à la main. J'en ai mis aussi trois aux arrôts parce que leurs compagnies n'étoient pas bien tenues. Cela produit deux biens, celui qu'ils entreront dans le détail de leurs troupes, et puis celui que les capitaines, avertis par eux de certaines réparations à faire, ne les différeront pas, de crainte d'exposer leurs lieutenants à être punis. Voilà, mon cher père , de bien petites minuties auxquelles je crains que vous ne me soupçonniez de me livrer peutêtre un peu trop ; mais il faut bien des ressorts pour suppléer au principal qui nous manque , celui de Targent. Vis-à-vis de la misère des capitaines, il faut bien des ruses pour exiger d'eux le sacrifice de leur bourse en même temps que celui de leur corps*. »
Neuss étant sur la route de Wesel, la foide des officiers généraux qui n'avaient pas marché avec les premières colonnes et qui devaient néanmoins se trouver au quartier général le 25 avril, s'abattait sur cette petite ville où d'ailleurs tout manquait en fait de ressources, si bien qu'il n'y avait que le comte de Gisors pour les héberger et les nourrir. « Je vois, mon cher fils, lui écrivait le maréchal de Belle-Isle, que vous êtes devenu l'aubergiste de Neuss et c'est très-bien fait. » M. de Gisors ne comptait pi us les lieutenants généraux, les maréchaux de camp, les brigadiers, les officiers d'état-major qu'il avait ainsi défrayés, lorsqu'un beau soir, le 26 avril, au retour d'une visite qu'il venait de faire à Dusseldorf, il fut tout surpris de trouver à sa porte la berline du général en chef. C'était en effet le maréchal d'Estrées qui arrivait de Paris et qui lui demandait l'hospitalité. La