M. DE GISORS ET CHEVERT
dépense d'ailleurs n'en fut pas considérable : une écuelle de lait fit tous les frais du souper, après quoi le maréchal, rompu de fatigue, se jeta sur un lit. Le lendemain, avant de partir pour Wesel, il voulut passer en revue le régiment de Champagne. Le comte de Gisors était ravi de son général. « Je l'ai remercié comme je le devois, écrivait-il à son père, de la bonté qu'il a de me laisser le commandement de la brigade et de se prêter à ce que vous lui avez demandé pour que je fusse toujours à portée de M. de Chevert*. » Beaucoup de généraux distingués par la naissance et par certains mérites s'étaient offerts au maréchal de Belle-Isle pour achever l'éducation militaire de M. de Gisors. Dire que Chevert, le héros de Prague, aimé, estimé, respecté des troupes, était le maître auprès de qui le maréchal de Belle-Isle avait souhaité que fût placé son fils pour apprendre la grande guerre, c'est faire honneur à tous les trois.
Suivant les arrangements faits à Versailles, le prince de Soubise devait avoir le commandement d'un corps séparé; aussi lorsqu'il eut remis, le 27 avril, au maréchal d'Estrées le commandement en chef qu'il avait exercé en son absence, le maréchal s'occupa de lui former un corps de dix-huit bataillons et de vingt-quatre escadrons auquel on donna assez mal à propos le nom de réserve de M. de Soubise. Loin d'être en réserve, ce corps était à Tavant-garde ; il avait son quartier général