‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 135 sur 422 · EMBARRAS DU MARECHAL D'ESTREES · texte numérisé non relu

EMBARRAS DU MARECHAL D'ESTREES

à Ilamm et sa tête à Lippstadt où le comte de Saint- (îermain, placé immédiatement sous les ordres de M. de Soubise, n avait pas cessé de se tenir. Pendant sa courte visite à Neuss, le maréchal d'Estrées avait laissé entendre au comte de Gisors que l'occupation de Lippstadt lui semblait prématurée et hasardeuse. Y avait-il assez de troupes ensemble pour les pouvoir porter efficacement au secours de ce poste, si Tennemi tentait de le reprendre ? Et s'il était possible de réunir assez de troupes, y avait-il assez de subsistances pour les faire vivre ? Ce problème préoccupait fort le maréchal d'Esirées, et le comte de Gisors n'était évidemment que l'écho du général en chef lorsqu'il écrivait à son père, le 29 avril : a Le défaut de subsistances qui se manifeste de plus en plus rendra, je crois, impossible toute opération d'ici aux premiers jours de juin, et fait encore plus gémir sur la quantité d'officiers généraux dont les équipages épuisent toutes les ressources qu'on pourroit tirer des pays qu'ils traversent. »

En évacuant Wesel, le roi de Prusse avait, infiniment plus qu'il ne se l'imaginait , dérangé les plans de la France et jeté le désarroi dans ses conseils. C'était Paris Duvemey qui était le plus déconcerté par cette surprise, car c'était lui qui avait le plus compté sur la durée probable du siège de Wesel pour préparer à meilleur compte et plus à loisir les subsistances indispensables à la marche de l'armée entre le Rhin et le Weser, Aussi était-ce à lui que s'en prenaient surtout le maréchal d'Estrées et l'intendant *, et derrière lui que le

1. Lacé à DuTerney, tO mal 1757 : « Nous Bommes bien éloignés , moniieory de Teiécution du planque tous aviez jagé devoir être rempli

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ministre de l.i guerre, finalement pressé par eux, essayait de se mettre à couvert, a Voioi, monsieur, lui écriv;iit le marquis de Paulmy, deux lettres dt M. le maréchal d'K.-îtrées et de M. de Lucé bien intéressantes, surtout la premifrîre, sur laquelle il me paroit de la dernière importance pour moi-même que vous me mettiez en état df hien répondre. Vous verrez que M. le maréchal veut nous jeter le chat aux j.imbes: !** sur ce que, dés le moi» d'octobre, il prétend avoir pressé pour faire faire des approvisionnements sur le bas Rhin... 2'' il prétend que M. de Lucé avoit préparé des magasins en Alsace qui ont été contremandés. De pareilles allégations, faites d'un ton de reproche quoique avec politesse, devant exiger de ma part une bonne et solide réponse , je vous prie, monsieur, avec ma confiance ordinaire, de m'aider à faire cette réponse que je ne vous cache pas que je compte montrer au roi ainsi que la lettre de M. le maréchal*. » Ouelle que fût l'amitié de Duverney pour le j»Mine ministre, il n'entendait point faire absolument cause commune avec lui. « M. le maréchal veut nous jet^'r le chat aux jambes, » disait le ministre. « Je vois bien qu'effectivement on pouvoit avoir l'intention de vous jeter le chat aux jambes, y> répliquait l'autre, a Toutes les réflexions que je pourroLs faire sur cela, avait-il commencé par dire, seroient, je pense, assez inutiles et ne produiroient peut-être d'autre efifet que de

ponr assurer les inbaisUmees de Tannée; la position des ennemis et les circonstances mililaireâ ont obligé à faire une pointe en arant qu'il

s'afTit aujourd'hoi de soutenir » Papiers de Ciermont, 1757, 1. 1,

no 53.

1. Rralmy à DoTernej, 17 nui. Correipoiidaiiee Dnreni^-PiiilBaiy, 1. 1, m* 81.

THEORIE DE DCVERNEY. 171

me rompromettre... » H ne refusait pjis uéaiimuius de venir au ^^eoours de son jeune client ; mais tout eu lui fournissant un prnjet de réponse assez embarrassé d'ailleurs, il était bien entendu que cette ct»mpl;iis;uîce ne Tenîjraffeait pr>Lnt, «a il montriit express+'-ment que les .lifaires du ministre n'étaient p;is les si^imes : « Ouant à moi, disait-il, mons^ei.ioieur, je suis IV^rt trairquille, parce que j'ai de bonnes preuves par écrit, uuiiv ce qïii s'est passé dims les assemblées, que j'ai tait tout ce qui étoit en moi pour éviter le cas fâcheux où l'on est aujourdliiii '. »

Sur aucun point Q ne voulait avoir tort. Pour le ministre qin n'était point militaire et pour l'intendant qui ne rétait pas davantage, Paris Duverney aviût imaginé une théorie spéckile qui devait convaincre Tuu et confondre l'autre. Jamais, disait-il, dans aucune des guerres qu'il a\ait faites, les mouvements des années n'avaient été assujettis aux subsist:mces ; mais dans la présente campagne , il fallait que ce fussent les subsistances au contraire qui réglassent les miuivements de l'armée; on n'avait pas voulu s'y résoudre et c'était de là qu'était venu tout le mal*. Comme M. de Lucé, homme de robe, s'était rangé du côté du maivchal, Duverney était tout prêt à regarder sa conduite comme une trahison, et pour s'en venger, il se donnait le plai-

1, DoTernpy à Paulmy, 19 mai. Corr. Duv.-Paulmy, t. 1, n" 33.

2. DuTerney à Lucé, 12 juin. Pap. Clcrmont, 17S7, l. 1. n"(50.— DoTemej à Paulmy, 10 mai. « Souvenez-vouâ , je vous en supplie, de ce qui s^esl passé daos les différentes assemblées où Je n'ai cessé de représenter que les moufements militaires dévoient être assujettis aux dispositions des subsistances.... n Corr. UuYorncy -Paulmy,

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