‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 136 sur 422 · RESSENTIMENT DE DUVERNEY · texte numérisé non relu

RESSENTIMENT DE DUVERNEY

gir d'humilier l'intendant en lui conseillant de prendre des leçons du munitionnaire de l'armée* qui était certainement un habile homme, mais qui n'était point fait pour régenter un intendant ; c'était renverser toute hiérarchie. « Il a des lumières fort étendues, écrivait-il à M. de Lucé, de l'expérience, l'esprit juste, bon calculateur, de l'ordre et de l'arrangement dans la tête. Diiignez le consulter, cela est beaucoup plus nécessaire que je ne saurois vous le dire, monsieur; tos lumières sont supérieures aux siennes et j'en conviens; mais je ne crois pas vous blesser en vous disant qu'il a plus d'expérience en matière de subsistances que vous n'en sauriez avoir. » A la forme près , c'était le môma-eonseil qu'il donnait au maréchal d'Estrées : « Vous avez heureusement de bons munitionnaires qui feront plus que le possible , s'il est quelque chose au delà. » Pour son propre compte et quant au passé , il prenait avec une singulière assurance le maréchal à témoin qu'il n'avait rien négligé pour lui épargner tout embarras et toute inquiétude; mais quant à l'avenir, il se récusait avec la résignation d'un bonhomme à qui l'on ne dit plus rien des affaires et qui s'en retire volontiers. « J'ignore absolument ce qu'on veut faire, disait-il; pour moi, je conviens de bonne foi que cette besogne-ci commence à être au-dessus de mes forces et, qui plus est, de mes lumières^. » Fausse humilité, fausse retraite. Le ressentiment qui fermentait dans son cœur était d'autant plus acre que cette parade de renoncement lui coûtait davantage.

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