MARCHE EN WESTPHALIE
pénible pour les troupes; de la pluie, des chemins défoncés, obstrués, des coloqnes coupées par les équipages, arrêtées à chaque instant ou rappelées en arrière , un chaos d'ordres et de contre-ordres, pour horizon des bruyères, des marais, çà et là une pièce de blé maigre, de rares et misérables villages sans aucune ressource, et, la nuit venue, le soldat épuisé de fatigue et de faim, n'ayant pas même assez de bois pour sécher ses habits, tel est, en raccourci, le tableau qu'en traçait le comte de Gisors. Pour lui-même il avait lieu d'être satisfait, car il n'avait pas cessé de donner à ses soldats l'exemple de la règle et de la patience. Chaque soir il lui eût été facile de trouver aux abords du campement un logis et un foyer ; cependant il passait la nuit sous la tente; tout le jour il était à cheval, allant d'un bataillon à l'autre, encourageant ses hommes. « Si je me donne beaucoup de peine, écrivait-il à son père, j'ai aussi lieu d'être content de l'esprit du régiment. Il n'est pas échappé un mauvais propos aux soldats qui au contraire chantoient et rioient. Il n'y en a que deux ou trois qui seroient demeurés en chemin d'inanition, si je ne les avois fait ramasser par notre artillerie et ne leur avois fait boire un reste de vin de Malaga que j 'avois dans mon Uacon*. » Aussi était-il adoré de son régiment, et, par l'exemple de son régiment, de toute l'armée.
Le 30 mai, une colonne commandée par le dur d'Orléans arrivait, le régiment de Navarre en tête, au camp sous Munster. Entre Navarre et Champagne , les premiers des vieux corps après Picardie , il y avait une fraternité d'ancienne date. Aussi le comte de Gisors,